Author - Antoine Godbillon

Trainspotting T2 : Q&A avec Danny Boyle

trainspotting_T2_porno_2017

Lors de son passage à Paris pour présenter son nouveau film Trainspotting T2, Danny Boyle nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions ! Découvrez pourquoi le titre est fait pour « emmerder James Cameron« , quel est sa relation avec Ewan McGregor, et quelques exclus sur la musique du film.

Retrouvez notre interview en français et en anglais (plus bas) pour les puristes 😉

Propos recueillis le 26 Janvier 2017 par Clara Laurence

Séance de Questions / Réponses avec Danny Boyle au sujet de Trainspotting T2

Pouvez vous expliquer le titre ?

Hé bien, je ne voulais pas l’appeler Trainspotting 2. T’as pas envie de faire une réplique, une copie. C’était un moyen de créer une indépendance vis-à-vis du film original. On a pensé : « Comment les personnages aimeraient l’appeler ? ». Et aussi, juste pour ennuyer James Cameron (rires).

Vous aviez vraiment envie de faire une suite ?

Le film est bizarre. Les personnages savent, en quelque sorte, qu’il y a un film sur eux. Ils y font référence. Il a cette dualité bizarre. Nous n’avions pas envie de faire une suite, parce qu’une suite est quelque chose qu’on fait très vite après le premier film alors que nous voulions une raison plus profonde de faire le film. On a abandonné notre version inspiré de « Porno », le bouquin, pour faire quelque chose de plus personnel. C’est un film à propos du temps, de la masculinité avec le temps qui passe et parce qu’ils sont nostalgiques et veulent faire ce qu’ils faisaient il y a vingt ans et avoir le même sentiment.

Que pouvez vous nous dire sur la bande originale ?

Ce n’est pas Iggy Pop… et Renton ne peut pas jouer. Il a perdu sa voix et c’est aussi pourquoi il n’y a pas de voix off dans le film. Il vit une crise existentielle, il n’a plus confiance en lui comme avant. Il surmonte cette crise dans la dernière scène.

Comment était-ce avec Iggy pour le premier film ?

J’avais du l’appeler pour lui demander la permission. Je lui ai expliqué pour le film. Il connaissait le livre. C’est un mec génial et son dernier album est d’ailleurs super, fait en collaboration avec le chanteur des Arctic Monkeys. Bien sûr pour le film il faut avoir les droits sauf quand on veut faire un remix : dans ce cas là on doit contacter et s’entendre avec l’artiste.

Pouvez-vous nous donner une liste de bonnes suites de films (sequels) ?

Je ne suis pas un grand fan de Star Wars, donc je ne peux pas dire Star Wars. Je peux mettre Le Parrain, forcément, et bien sûr Terminator 2. N’importe laquelle suite de Pixar est toujours bonne. Et Blade Runner. J’admire vraiment Denis Villeneuve et sa scène de fin dans Prisoners, qui est une de mes préférées : quand je l’ai vu j’étais en mode « Quoi ? Oh putain j’y crois pas ! ». Sinon, pour d’autres suites, on peut citer The Dark Knight, Le silence des agneaux…

Quand avez-vous commencé à penser à une suite ? Dix ans n’étaient pas suffisant ?

Dans ce cas là, j’ai bien rigolé avec les journalistes. Selon moi, dix ans n’est pas assez car les acteurs n’avaient pas vieillis parce qu’ils se maintiennent en force, font du sport etc. Mais pour être honnête, je ne voulais pas encore la faire. Je voulais que les acteurs aient vieilli. Le cinéma rend les gens glamour, même Daniel Blake, et c’est pourquoi je voulais que mes acteurs aient vieilli et ne soient pas glamour.

Je me demandais comment vous aviez pitché cela aux acteurs, comment vous les avez dirigé pour qu’ils ressemblent aux mêmes personnages qu’il y a vingt ans ?

Ils savaient pertinemment qu’ils ne ressemblaient pas à ce qu’ils étaient il y a vingt ans. Juste un petit aparté, j’aimerais dire qu’on reçoit vraiment les meilleures questions à Paris (rires). Bref. Avec des efforts désespérés, ils ont essayé de renouveler la bravoure de leur premier travail. Mais c’est un job presque impossible. Le film est saturé d’images d’enfants ou de femmes déçues. Déçues des hommes car ils n’ont pas été présents pour leurs enfants. Le film forme aussi une boucle : Proust écrit d’ailleurs sur cela, et je voulais, moi aussi, parler de la boucle du temps. C’est un film à propos du passage du temps, et à propos des hommes qui veulent souvent revivre leur prime jeunesse, bien plus que les femmes.

Que s’est-il passé avec Ewan ?

Je lui avais fait croire qu’on le casterait dans le film La plage, mais ça n’a pas été le cas. Je ne suis pas très fier de cela, à la place j’ai casté Leonardo Di Caprio. Ce sont tous deux des super mecs, mais Ewan avait été très blessé. T2 est aussi, à cause de cela, un film sur la trahison, et dans ce cas, c’est assez autobiographique. Mais Ewan et moi sommes de bons amis maintenant. D’ailleurs, je suis vraiment heureux de cette dernière scène, parce que cette émotion, voir Ewan dancer est vraiment génial pour moi. Si je me fais renverser par un bus demain, je serai fier de mon travail, d’avoir fini avec ça.

Découvrez la critique du film Transpotting T2 sur Oblikon

trainspotting_T2_porno_2017

L’interview de Danny Boyle, dans son intégralité en anglais

Can you explain the title ?

Well, I didn’t wanna call it Trainspotting 2. You don’t wanna feel like you’re doing a replica. It was a way of creating an independence from the original film. We thought : « What the characters would want to call it ? ». Also, just to annoy James Cameron (laughs).

So did you really want to do a sequel ?

The film is weird. The characters sort of know they have a film about them. They resort to it. It has that weird duality. What I understand by sequel, in a way (because we didn’t want to make a sequel because a sequel is something you do really quickly after the first one where as we wanted a deeper reason to make the movie. We abandoned the « Porno » version based on the book, because we wanted to do something more personal. It is a film about time, and masculinity with time passing by because they’re nostalgic and want to do what they used to do 20 years back and get the same feeling.

What about the soundtrack ?

It’s not Iggie Pop and he can’t play it (Renton), Renton lost his voice and that’s also why there is not a voice over. He’s living a real crisis, he is not confident like he used to be. He overcomes this crisis in the last scene.

How was it with Iggy Pop for the first movie ?

I had to ring him up to ask for his permission. I explained to him about the film. He knew the book. He’s an amazing guy and this is an amazing album, also with the guy from The Arctic Monkeys in his last album. Of course for the movie you have to get the rights except when you want to do a remix, then you have to contact and get along with the artist.

Can you make a list of good sequels ?

I’m not a big Star Wars fan, so I can’t say Star Wars. I can put Godfather, obviously, and of course Terminator 2. Any Pixar n°2 is always gonna be good. And Blade Runner. I really admire Denis Villeneuve and his ending scene in Prisoners, which is one of my favourites. When I saw it I was like : What ?! Holy Fuck ! ». And, as for sequels, of course The Dark Knight, Silence of the lambs.

When did you start to think about a sequel ? Wasn’t ten years enough ?

In this case, I joked with journalists. In my opinion, ten years is not enough, the actors hadn’t aged because they usually work out. But to be honest, I didn’t want to make it yet. I wanted the actors to have aged. The cinema makes people glamourous, even Daniel Blake, and that’s why I wanted my actors to have aged and not to be glamoured.

I was wondering how you pitched that to the actors, how you directed them into the same characters 20 years later ?

They know they didn’t look like what they looked like before. Also, just wanna say that you get the best questions in Paris (laughs). With desperate efforts, they tried to renew the bravado of their first work. But you can’t relive it like that. The film is saturated with the image of childrens or disappointed women (disappointed with them because the men didn’t raise their children). Also there’s a loop : Proust writes about it, and I wanted to talk about the loop of time. This is a film about the passing of time, and that men often want to relive their youth, much more then women.

What happened with Ewan ?

I led him to believe we would cast him in The Beach, but I didn’t. I’m not very proud of that because instead I casted Dicaprio. They’re both great guys but Ewan was very hurt. T2 is also, because of that, a film about betrayal, and in that case, it is autobiographical. But Ewan and I are very good friends now.

I’m really happy with that last scene, because this emotion, seeing Ewan dancing is really great for me. If I get hit by a bus tomorrow, I’ll be proud of my work, to sign off with that.

Serge Bozon, l’inclassable

realisateur_bozon

Critique pour « Trafic » et « La Lettre du cinéaste », cinéaste, scénariste, comédien de films d’auteurs français super perchés, également dj mixant les Beach Boys ou la musique garage des années 80 lors de festivals cinéphiles comme Genève ou Belfort, Serge Bozon a de quoi dérouter, amuser, mais aussi fasciner. S’il met sur un piédestal les metteurs en scène comme Jean-Claude Biette, Jean-Claude Guiguet, Paul Vecchiali ou encore Marie-Claude Treilhou, son cinéma, qui ne craint pas le ridicule, qui réhabilite la chanson, le non-jeu et l’excentricité délibérée, n’appartient au final qu’à lui ; un cinéma de mise en scène plutôt que de scénario tel que le faisait un autre de ses maîtres, américain lui, à savoir Howard Hawks. En lisant le script de « Tip Top » (2013), l’acteur belge François Damiens déclara même n’y avoir « rien compris ».

L’extrait ci-dessus, tiré du moyen-métrage « Mods » (2003), se révèle dingue et dit par exemple toute la singularité de ce cinéma : plan frontal, personnages qui parlent ensemble sans se regarder, banalités proférées d’une voix invariablement monocorde. Il est stupéfiant mais aussi réjouissant que quelqu’un, dans le contexte du cinéma « d’auteur » français si timoré et si prévisible, ose des audaces telles, ose aller tellement à contre-courant du naturalisme dont les films primés aux César font habituellement leurs choux gras.

realisateur_bozonAussi acteur, Bozon défend les films qui se rapprochent un peu des siens, films qui vont à l’encontre des modes, des chapelles, des écoles, ou qui visitent des genres snobés, comme le fantastique avec « Les jours où je n’existe pas » de Jean-Charles Fitoussi (2003) ou « Deux Rémi deux » de Pierre Léon (2015). Son prochain long-métrage en tant que réalisateur, « Madame Hyde » avec Isabelle Huppert, Romain Duris et José Garcia produit par les Films Pelléas (2017), est d’ailleurs aussi un film fantastique.

Sinon, il s’avère absolument succulent dans « Je sens le beat qui monte en moi » de Yann Le Quellec (2012), petit bijou musical dans lequel deux personnages – une guide touristique et un chauffeur vivent selon deux univers musicaux aux antipodes, et donc dans deux mondes diamétralement différents, elle la musique classique, lui le rock. Yann Kernabon a fait une très bonne analyse de l’ouverture assez cocasse du film, que nous vous invitons à découvrir ici.

En 2016, on peut le voir dans l’excitant « Belle Dormant », une réadaptation du célèbre conte par Ado Arrietta dans lequel il joue aux côtés de Niels Schneider, Agathe Bonitzer et Mathieu Amalric, mais aussi, donc, « Madame Hyde », tiré du roman de Stevenson et dont il a signé le scénario avec sa co-scénariste habituelle, Axelle Ropert.

C’est surtout une figure qui, et c’est d’ailleurs pour cela que lui et tout le groupe de cinéastes de « La Lettre du Cinéma » défendent tellement Rohmer *, représente une immense liberté : liberté de création, liberté d’exercer plusieurs métiers à la fois, avec un mélange assez séduisant de désinvolture et de sérieux. On peut trouver ses films bizarres, voire ineptes, mais pour cela, pour cette liberté farouchement défendue, rien que pour cela : vive Serge Bozon !
* dont le « groupe » reprend des principes (tournage en pellicule, dans des vrais lieux non recréées à Paris, longues « tartines » de dialogues écrits dans un style très littéraire…).

 

Matthias Turcaud

Ces actrices qui passent derrière la caméra

Nombreux sont les acteurs à avoir tenté l’expérience du passage à la réalisation ! Exercice périlleux s’il en est, ce changement radical de position vis-à-vis du public garanti néanmoins une belle couverture médiatique (du moins pour les acteurs de premier rang). En revanche, peu nombreux sont ceux qui parviennent à s’inscrire dans la durée : et là, on pense bien sûr à Clint Eastwood, Woody Allen, Robert Redford, Kenneth  Branagh. Plus récemment c’est Ryan Gosling qui s’est lancé dans l’aventure avec Lost River (2014).

La réalisation est-il un monde réservé aux hommes, en particulier lorsque l’on vient du devant de la scène ? La réponse est non ! Malgré une faible représentation des femmes sur le métier de la réalisation, elles sont quelques-unes à trouver suffisamment de soutiens pour changer de métier, d’actrice vers réalisatrice.

invincibleOn peut bien sûr citer la très médiatique Angelina Jolie avec déjà trois longs métrages à son actif dont Invincible en 2014. Certainement de meilleure facture, le très bon Bliss réalisé par Drew Barrymore en 2009, fait partie de nos films actrice-réalisatrice préféré. A l’international, elles sont finalement nombreuses à passer derrière la caméra ! Nous pouvons encore citer : Diane Keaton, Jodie Foster… et d’autres projets sont en cours par Nathalie Portman (Une histoire d’amour et de ténèbres – 2014),

Les françaises ne sont pas en reste et montrent qu’il y a de la place à prendre dans cet univers très masculin. Tandis que Josiane Balasko ou Agnès Jaoui ont déjà fait leurs preuves, des réalisatrices françaises ont du mal à connaitre un grand succès malgré déjà plusieurs films sortis : Zabou Breitman, Sophie Marceau, Julie Delpy. Récemment, nous avons noté un sursaut de reconnaissance pour leurs travaux, en tête de proue, Maïwenn révélée aux César en 2012 pour Polisse et récemment au Festival de Cannes 2015 avec Mon Roi. Cela va-t-il conforter d’autres femmes réalisatrices à continuer dans cette lancée ? On pense bien sûr à Mélanie Laurent (qui a déjà réalisé plusieurs films), à la talentueuse Catherine Corsini (La Belle Saison – 2015), ou encore à Emmanuelle Bercot (La Tête Haute – 2015).

Pour ce qui est de la longévité dans le monde de la réalisation, les femmes actrices-réalisatrices ont encore du chemin à parcourir pour rattraper les énormes carrières des dinosaures du cinéma d’Hollywood… Mais au regard de la qualité de nombreux films, on ne doute pas qu’elles seront de plus en plus nombreuses à s’inscrire dans le temps.

Qu’apportent ces femmes à la réalisation ? Sans doute une sensibilité différente dans ce monde très masculin ! Le mieux reste encore de leur laisser la parole lorsqu’elles viennent se saisir d’une récompense sur un festival.

Interview de Rachel Lang pour la sortie du film Baden Baden

Notre chroniqueur Matthias a eu le plaisir de pouvoir rencontrer Rachel Lang autour de son film Baden Baden. Elle a répondu à nombreuses des questions ! Retrouvez cette interview dans son intégralité ci-dessous !

 

Quand vous réalisiez « Pour toi je ferai bataille », saviez-vous déjà que vous feriez une trilogie ?

Oui, tout à fait, c´était conçu comme un triptyque. Il y avait les trois volets, les trois axes qui étaient écrits dès le départ, et après l´écriture, la production et le financement se sont étalés de 2009 à 2015, mais les trois étaient pensés comme un triptyque.

Dans les films on voit les relations qu´Ana entretient avec sa grand-mère, sa mère, son meilleur ami, son ex, l´employé d´un magasin de bricolage. Avez-vous hésité à l´écriture à vous attarder plus sur l´une ou l´autre de ces relations ?

baden baden photo tournage (2)Alors le fil rouge c´était la grand-mère, avec cette reconstruction de salle de bain, et après j´avais envie qu´il y ait une galaxie de personnages qui gravitent autour d´Ana pour la montrer elle construite par ces personnages et qu´il y ait une multitude de personnages qui ne soient pas secondaires mais qui soient aussi principaux qu´elle. Du coup c´était l´objectif d´avoir beaucoup de personnages autour d´elle, pas de se focaliser sur un en particulier, mais que tous ces personnages la fassent devenir Homme avec un grand H et qu´ils la fassent grandir et devenir ce qu´elle est.

Pourquoi ce titre – « Baden Baden » – alors que la ville thermale n´est évoquée qu´une seule fois ?

Alors il y a la métaphore filée de la baignoire et des bains dans tout le film. Il y a aussi l´idée d´un endroit dans lequel on ne va jamais, donc c´est un peu l´idée d´une fausse piste et d´une fausse promesse qu´on donne dès le départ. On entre dans le film en pensant qu´on va à Baden Baden et on n´y va pas, et on sort du film en allant vers Aubagne et on ne sait pas non plus si on ira, mais c´est un peu la somme des possibles qui fait des chemins différents dans lesquels on ne va pas forcément.

Pour le tournage auquel Ana arrive en retard, vous êtes-vous inspirée de votre propre expérience ?

Oui, oui, le monde du cinéma ça peut être un peu extrême, ça peut être de grosses productions et des enjeux financiers qui sont tels qu´on ne peut pas se permettre de ne pas être hyper carré, parce que chaque minute vaut tant d´argent, donc effectivement j´ai bossé sur des tournages et, en l´occurrence, je me suis inspirée de ce que j´ai pu y observer.

Pour vous quel est le sujet premier du film ? La désorientation, la recherche de soi, la filiation ?

baden baden photo tournage (6)Oui, c´est tout à fait les sujets. C´est comment devenir libre, comment grandir, comment gagner en joie, comment devenir actif et arrêter de subir, arrêter d´être passif, c´est un peu tout ça, et le lien générationnel est aussi au centre, un lien qui permet la transmission et l´écoute silencieuse. Entre une grand-mère et une petite-fille il y a une génération de battement qui fait que l’enjeu générationnel n´est pas le même que des parents et des enfants, où les parents veulent que leurs enfants réussissent, soient heureux, etc. Ici c´est une relation plus légère, plus silencieuse et peut-être plus forte aussi.

Au niveau de la mise en scène, pourquoi avez-vous préféré des plans-séquences à des champs- contre-champs ?

Parce que moi ce qui m´intéresse c´est le temps et de trouver un rythme interne à chaque séquence qui soit organique et qui existe par lui-même, c´est-à-dire que ce qui m´intéresse c´est de chercher avec les comédiens le bon espacement de temps entre chaque réplique, le bon mouvement en vrai dans la vie pour qu´on ait comme ça des blocs qui soient des moments de vie pris comme ça et finis comme ça. C´est cette recherche-la qui m´intéresse plus que de créer au montage un rythme plus artificiel peut-être. Je préfère trouver sur le moment.

Avez-vous donné travaillé en étroite collaboration avec votre chef-op Fiona Braillon ? Lui avez-vous donné beaucoup d´indications ?

Avec Fiona on était ensemble à l´école et on a fait les deux courts-métrages précédents ensemble, donc a complètement découpé le film en amont et pensé avec cette idée de l´architecture aussi, qui est un des thèmes du film. On a vraiment conçu le film en amont en découpant dans tous les décors ensemble.

Qu´est-ce qui vous plaît chez votre actrice Salomé Richard ?

Ce qui me plait c´est qu´elle ne joue pas. C´est une comédienne qui ne montre jamais. Elle vit les choses, elle entend les directions et elle ne me le montre pas, c´est à moi de le voir, et ça c´est assez agréable. C´est assez rare les comédiennes de cet age-la qui acceptent qu´on aille voir plutôt que de montrer. C´est assez agréable de travailler avec elle, parce qu´elle n´est jamais dans la démonstration de quelque chose, elle fait de manière très simple, et presque paresseuse en fait en apparence, alors que ce n´est pas le cas, ce qu´on lui demande de vivre, et après moi je peux regarder ce qui m´intéresse là-dedans.

Qu´est-ce qui vous a poussé à engager Claude Gensac ?

baden baden photo tournage (10)A la base je voulais Bernadette Chirac, mais elle n´a pas voulu. Il y a très peu de comédiennes de cet age-là qui ne sont pas Alzheimer ou refaites, et elle fait partie de ces gens-là ; et c´est vrai que j´avais envie d´une grand-mère un peu terrienne, avec du caractère, avec une voix qui pète, qui fume des clopes et qui soit un peu punk, et Claude Gensac était totalement la grand-mère qu´il fallait. J´ai une directrice de casting qui s´appelle Kris Portier de Bellair, qui est la directrice de casting d´Haneke qui me l´a proposé, et voilà. Et puis aussi le coté populaire, en effet, comme elle est associée à De Funès.

Pourquoi avoir choisi le morceau « Si un jour » de La Femme qu´Ana chante à un moment dans sa voiture ?

La Femme c´est un groupe que j´aime bien. Il y avait déjà, dans un de mes courts-métrages, un de leurs morceaux – « Sur la planche » – et j´écoutais ce nouvel album au moment où j´écrivais le scénario et j´avais besoin pour cette séquence d´une musique un peu pêchue, qui lui donne la patate, qui lui donne envie d´appuyer sur le champignon et de faire un gros excès de vitesse, et ça a été cette chanson, avec le cote unisexe qui est aussi un des thèmes du film, parce que je voulais un personnage qui soit un individu avant d´être une fille un garçon, avant d´être le représentant d´un genre.

Pourquoi avoir choisi de tourner à Strasbourg ?

Il y a plusieurs raisons. Strasbourg c´est une capitale européenne, comme Bruxelles. C´est une ville frontière entre l´Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, la France, la Suisse. La région Alsace m´avait soutenu pour mon précédent court, je savais qu´ils me soutiendraient pour la suite, donc j´ai écrit pour tourner en Alsace, et c´est vrai que c´est une région à laquelle je suis attachée, que je trouve belle et que j´avais envie de filmer.

Avez-vous supervisé le montage de près ?

Ah bah oui, ce n´est pas superviser, je ne suis pas chef d´entreprise. Bah oui, j´étais avec ma monteuse tous les jours en permanence. C´était une superbe rencontre, c´est une monteuse bourrée de qualités, on a vécu des trucs un peu vertigineux dans le montage, à se poser des questions sur un frame, deux frames, quand est-ce qu´on arrête le plan, quand est-ce qu´on commence.

Quelles sont vos sources d´inspiration principale, cinématographiques ou autres ?

baden baden photo tournage (15)Moi je ne viens pas trop du cinéma, alors je n´ai pas tellement de références cinéma. Mais il y a quand même Pialat, A nos amours ; Lucian Pintilie, un réalisateur roumain pas très connu qui a fait Le chêne et Terminus paradis et il y a Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) de Desplechin, il y a pas mal de trucs assez différents en cinéma. Mais ma référence c´est surtout Spinoza, « L´Ethique », le mouvement de passer d´un état à un autre, le rapport entre le corps et l´esprit, la relation aux gens, la relation au monde et l´idée de devenir actif pour gagner en joie, pour gagner en liberté et cesser de subir et d´avoir des idées inadéquates. Après il y a pleins de niveaux de lecture, ça c´était la base de ce avec quoi j´avais envie de construire le film. On s´en fout si personne ne comprend qu´il y a du Spinoza dedans, ça me va très bien.

Avez-vous des projets ?

J´ai un film en écriture sur la légion étrangère.

Ah oui, c´est un peu une suite de « Baden » alors…

Y a une passerelle à la fin de « Baden » qui conduit vers ça, mais comme c´est ça la fin d´un triptyque ça change de personnages.

 

Matthias Turcaud

Les acteurs-réalisateurs pour le meilleur et, parfois, pour le pire…

Les acteurs réalisateurs pour le meilleur et, parfois, pour le pire…

La sortie en salle de Lost River de Ryan Gosling (lire la critique) nous permet de faire un point sur un sujet passionnant : les acteurs qui passent derrière la caméra.

Le passage derrière la caméra un rêve risqué

lost_river_afficheOn le sait passer à la réalisation n’est pas chose aisée pour un acteur. Il doit faire face aux critiques voyant en lui un opportuniste, sans compter tous les procès en légitimité accompagnant généralement la sortie de son film.

Un point essentiel à ne pas perdre de vue : on ne passe jamais par hasard derrière la caméra. Le cinéma est une industrie (très) lourde en terme de logistique et de pesanteurs administratives et un réalisateur doit faire preuve d’une énorme force de persuasion (ou signer un énorme chèque, suivez mon regard…) pour réussir à monter son projet.

Prenons l’exemple de l’un des acteurs-réalisateurs les plus connus au monde : Clint Eastwood. Il passe à la réalisation en 1971 avec le film Un frisson dans la nuit. À l’époque, Clint Eastwood est loin d’être un jeune premier, il a déjà 41 ans et a derrière lui une carrière importante d’acteur et, surtout, a collaboré avec deux géants du cinéma qui lui ont sans doute appris 2 ou 3 choses : Sergio Leone et Don Siegel. Et pourtant, il a dû batailler ferme avec les pontes du studio Universal pour obtenir leur feu vert, ces derniers ne voyant dans sa démarche qu’un caprice de star. Afin d’avoir leur accord, il accepte de ne toucher qu’un salaire minimum en tant que metteur en scène et se contente d’un budget très restreint (on parle de 725 000 dollars !). Et encore, Universal n’a cédé que grâce à l’entremise de Don Siegel, lui-même, qui soutient Clint Eastwood dans sa démarche et accepte de jouer dans le film en tant… qu’acteur. La boucle est donc bouclée ! Eastwood parvient à achever le tournage 2 jours avant la date prévue et réussit même le tour de force de ne pas dépenser tout le budget prévu. Il n’en fallait pas plus pour que notre cher acteur sudiste « obtienne la carte » et soit tranquille jusqu’à aujourd’hui… Des exemples comme celui-ci, d’acteurs-réalisateurs à la carrière aussi longue, il y en a peu dans l’histoire du cinéma. On peut citer : Woody Allen, John Cassavetes, Robert Redford, Kenneth  Branagh, c’est à peu près tout.

bliss_afficheUne chose est sûre, il y a encore moins d’actrices passant derrières la caméra. On peut citer Angelina Jolie, bien sûr, mais on ne va pas se mentir, ses films sont plutôt scolaires pour rester poli. Reste Drew Barrymore qui a réalisé le charmant Bliss en 2009, un film tout à fait intéressant se déroulant dans le monde du roller derby. Cela fait peu, je vous l’accorde…

Qu’est-ce qui fait qu’un acteur décide un jour de passer derrière la caméra ? Vaste question, n’est-ce pas ? Mais, elle est très personnelle et, à mon sens, dépend du parcours individuel de chaque acteur.

Par contre, il est beaucoup plus intéressant de se demander si un acteur peut être un bon réalisateur. Et même, pour aller plus loin dans la perversité (ah ah j’aime bien me torturer l’esprit !), on pourrait se demander si un bon acteur a plus de chances q’un autre de devenir un bon réalisateur.

 

Un bon acteur a-t-il plus de chance qu’un autre de devenir un bon réalisateur ?

Déjà premier élément de réponse, un acteur expérimenté possède une connaissance très précieuse de la manière dont se déroule un tournage : cela va de l’organisation, du calendrier de tournage à la préparation des équipes.

En effet, on a souvent entendu, parfois même de la bouche d’acteurs passés à la réalisation : « après tout, c’est normal, qui mieux qu’un acteur sait comment se déroule un tournage ? » Certes, mais si on suit cette logique, on pourrait se dire qu’un pilote de formule 1 ferait un excellent garagiste ou qu’une hôtesse de l’air serait une bonne pilote d’avion. On ne compte plus le nombre de grands acteurs ayant réalisé des films moyens : de Marlon Brando (La Vengeance aux deux visages, bof bof), en passant par Al Pacino (Looking for Richard, bien mais pas top) ou Robert De Niro (Il était une fois le Bronx, sympa mais très scolaire, merci papa Sergio Leone…)

into_the_wild_afficheD’ailleurs, on ne se pose jamais la question inverse : un bon réalisateur fait-il un bon acteur ? Non, bien sûr.

Alors quoi, on s’arrête-là et on retourne siroter une menthe à l’eau bien fraîche avec des vraies feuilles de menthe à l’intérieur ? Non plus. Ce qui est intéressant dans ce débat c’est de se demander ce qu’apportent les acteurs lorsqu’ils passent à la réalisation.

En premier lieu, ils devraient apporter leur sensibilité d’acteur. C’est un point réellement positif mais qui, lorsque ce n’est pas maîtrisé, peut donner lieu à des films boursouflés de bons sentiments ou, pire, de scènes grandiloquentes aux excès néo-baroques kitchs et hystériques. L’exemple parfait de ces acteurs-réalisateurs tombant parfois dans les travers de la sensiblerie est bien entendu Sean Penn dans Crossing Guard (sorti en 1995) et surtout, le problématique The Pledge (sorti en 2001). Heureusement, Sean Penn s’est rattrapé avec le sensible et magnifique Into The Wild (sorti en 2007).

Sensibilité contre sensiblerie

Ces derniers temps, on a l’impression que les derniers acteurs à être passés derrière la caméra  ont, eux aussi, retenu la leçon et ne veulent pas tomber dans le panneau de l’acteur démiurge voulant réinventer le cinéma. Je pense à George Clooney, par exemple, qui dans ses films a surtout voulu mettre en scène, de façon simple, des histoires passionnantes plutôt que des émotions exacerbées. Dans Confessions d’un homme dangereux (film sorti en 2003), l’histoire importe plus que la mise en scène. Pareil dans Good Night and Good Luck, Les Marches du pouvoir ou dans Monuments Men, son dernier film en date. Je trouve qu’il se soucie moins de la direction d’acteur que de réaliser des films convaincants, certains diront propres sur eux. On sent que le poids de ces projets pèse encore sur ses épaules et qu’il essaye de « faire bien » pour éviter au maximum les critiques qui sont, malheureusement, inévitables.

argo_afficheGuillaume Canet a vécu la même chose avec ses premiers films. Même si le réalisateur des Petits Mouchoirs a commencé à réaliser des courts-métrages bien avant d’être connu par le grand public, sa célébrité soudaine a fait que ses premiers films ont été attendus avec une certaine méfiance de la part de la presse.

Même chose pour Ben Affleck qui a réalisé trois très bons films (j’ai un petit faible pour The Town sorti en 2010), mais qui a clairement refusé de faire dans l’emphase et la sensiblerie au profit d’un cinéma sec, voire rugueux, et maîtrisé de bout en bout. Il est évidement que ces acteurs se sachant attendus au tournant préfèrent éviter les critiques faciles et choisissent de passer à la réalisation par le biais de films à la sensibilité tenue voire ténue…

Pourtant, à mon sens, les acteurs devraient se lâcher beaucoup plus et ne pas avoir peur d’étancher leur soif de grandiloquence. Les meilleurs films réalisés par des acteurs ont été fait en dépit du bon sens commun. Bien souvent, personne n’y croyait et personne ne donnait cher de la peau de leurs auteurs. Je veux parler de ces films qui sont autant de preuve que la sensibilité est une arme contre le formatage et ne doit pas faire peur aux acteurs se lançant dans la réalisation. La sensibilité nous débarrassera peut-être un jour de la sensiblerie qui, elle, inonde nos salles obscures.

Mon top des films (sensibles) réalisés par des acteurs :

meurtre-d-un-bookmaker-chinois-affiche1- Meurtre d’un bookmaker chinois de John Cassavetes (1976)

2- La Nuit du chasseur de Charles Laughton (1955)

3- Danse avec les loups de Kevin Costner (1990)

4- Easy Rider de Dennis Hopper (1968)

5- La Proie nue de Cornel Wilde (1966)

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet article vous a été proposé par Doc Ciné, créateur du blog Doc Ciné

Masterclass Lost River : Ryan Gosling parle de son premier film

Ryan Gosling répond aux questions de la presse dans le cadre de la sortie de son premier film en tant que réalisateur : Lost River. Vous pouvez par ailleurs en lire la critique ici !

Lost-River

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la réalisation après une carrière fulgurante en tant qu’acteur ?

Il y a la sécurité de l’emploi ! (rires)

Ce n’est pas vraiment un choix si direct et spontané. C’est réellement en déambulant dans Detroit, en voyant l’état de cette ville et de ses habitants que j’ai ressenti comme une obligation de témoigner.

Vous savez, il y a beaucoup d’émotions palpables, c’est très prenant et triste de simplement « visiter » Detroit. J’ai fait un film que j’ai voulu universel, reflet de l’état d’esprit de ces familles qui décident de rester.

Comment vous est venue l’idée de faire ce film ? Quel a été le processus créatif ?

J’ai grandi au Canada avec une idée très romantique des Etats-Unis et surtout de Detroit car c’est une ville voisine. C’est aussi l’image du rêve américain. Lorsque je m’y suis rendu, plus tard, j’ai été très surpris car c’était très loin de ce que j’avais imaginé.

Il faut voir ces kilomètres de quartiers abandonnés, et parfois des familles qui essayaient de s’accrocher à leurs maisons pendant que les maisons voisines étaient détruites. J’ai eu envie d’en faire un film : le rêve américain qui se transforme en cauchemar pour ces personnes.

J’ai donc commencé à filmer seul durant un an, avant que tout Detroit soit détruit. J’ai accumulé énormément de vidéos et de rush pendant ce repérage. J’ai écrit le scénario au fur et à mesure de ma découverte de la ville.

Lost-River2

D’où vous est venue l’idée du mythe de la ville engloutie que l’on découvre durant le film ?

De mon enfance ! La rivière proche de chez moi était tout simplement le résultat de la création d’un barrage. Cela me faisait extrêmement peur car, après l’avoir su, j’ai réalisé que j’avais nagé au dessus de ruines d’une ville. Cela m’a tellement hanté que j’en ai refusé de prendre des bains pendant quelques temps !

En filmant Detroit, j’ai eu cette impression de submersion des populations qui ont choisi de rester ancré dans une ville presque fantôme. J’ai décidé de faire cohabiter ces deux univers dans mon film.

Dans Lost River, il existe de nombreuses références aux contes de fées : noms de personnages typiques (Rat, Bully, méchant…), malédiction sur la ville, grand méchant… Pourquoi avoir choisi cette forme particulière pour parler des rêves détruits ?

Vous savez, il y a quelque chose d’assez surréaliste qui se dégage de ces gens qui vivent là-bas. Ils semblent être les derniers survivants de la planète Terre… L’ambiance qui s’en dégage est très proche de la fantasy ou du conte de fée. Il est parfois très difficile de croire à ce que l’on voit. Et les habitants de Detroit essayent de penser qu’il ne s’agit pas d’un effondrement économique mais que cela vient d’ailleurs.

Je n’ai pas voulu faire un film spécifique à Detroit mais une histoire universelle. J’ai voulu raconter une histoire du point de vue des jeunes adolescents qui ont une vision très romantique de ce qui a pu se passer pour leur ville. Une sorte de malédiction qui en fait quelque chose d’important, d’attachant et contre lequel ils peuvent trouver une solution par eux-mêmes pour casser le mauvais sort !

lost-river-3

Lost River a une forte dimension onirique et un style proche du cinéma fantastique. Est-ce un style que vous avez souhaité imprimé dès le départ ou cela a-t-il émergé durant le tournage ?

Oui, j’ai tout de suite voulu marqué la dimension de rêve qui se transforme en cauchemar. Le film est volontiers à cheval entre Fantasy et réalité sans jamais tomber complètement dans le cinéma fantastique.

Pour rester ancré dans le réel, nous avons souvent intégrer les habitants, les passants dans le film, dans la narration. Par exemple, la scène de la station essence où Matt Smith « Bully » danse avec une vieille dame n’était pas dans le script d’origine. Je pense que cette station essence ne vendait, en réalité, pas que de l’essence ! (rires) Le fait de tourner sur ce lieu a vite créer des tensions. Les gens s’énervaient et nous avons décidé de les laisser entrer dans le champ, de composer avec eux. Les acteurs étaient tellement bons que nous n’avons pas eu besoin de faire grand-chose. Ce sont les acteurs qui ont porté les habitants hors de Detroit pour les intégrer dans Lost River et sa Fantasy.

Les habitants de Detroit ont apporté une identité forte à mon film, entre réalité et fantasy.

Autres références très visibles dans le film : le théâtre du Grand-Guignol ou le Hell’s Café. D’où vous est venue cette inspiration pour intégrer ce genre de lieux à l’histoire ?

Vous avez raison, la façade du cabaret de Lost River est directement inspirée de l’immeuble historique du Hell’s Café de Paris. Je peux citer d’autres lieux comme la Death Tavern ou effectivement le théâtre du Grand-Guignol.

J’ai passé du temps à Detroit mais aussi dans les zones touchées par les ouragans et à chaque fois, les habitants cherchaient une sorte d’exutoire pour échapper à la gravité de la réalité. Dans ce genre de lieux, personne ne vous regarde… ne vous juge. Je voulais trouver un moyen d’incorporer cet aspect sombre, cette dimension, cette noirceur dans mon film.

Nous avons perçu de nombreuses références dans Lost River : Kubrick, De Palma, David Lynch, Malick. Qu’en pensez-vous ? Etes-vous conscient de la visibilité de ces références ?

Merci mais je parle plus volontiers d’influence des Goonies ! (rires)

Lorsque j’ai envoyé mon script pour la première fois à mon compositeur Johnny Jewel, je ne lui ai rien dit. Et il m’a répondu par SMS : « Dark Goonies, cool ! ». Il s’agit surtout d’influences de films du début des années 80 qui m’ont nourri quand j’étais gamin comme Brisby et le Secret de NIMH. Ces histoires racontent la vie de familles menacées qui vivent avec une sorte de malédiction ou de danger constant. Je voulais faire ma propre version de ce style qui m’est cher.

lost_river_eva_mendes

Le montage du film a changé entre le Festival de Cannes 2014 et la sortie grand public en salle. Quels sont les changements et pourquoi ?

Le montage initial du film comportait quelques morceaux de musiques dont je pensais qu’ils étaient entrés dans le domaine public. J’avais tort !

J’ai donc dû retirer ces chansons du film avec les séquences sur lesquelles la musique était présente. J’ai bien tenté de changer les musiques, mais cela ne fonctionnait pas.

Je trouve que ce montage final rend mieux.

Quel regard portez-vous sur le cinéma indépendant américain ? Est-ce important pour vous de le défendre grâce à Lost River ?

J’adore le cinéma indépendant. Mon premier film en 2001, était un film de Henry Bean « Danny Balint » ou « The Believer » qui raconte l’histoire d’un nazi juif. J’avais a peu prêt 20 ans et pour moi c’était ma plus belle expérience, très challenging, et surtout très étrange. On s’est battu pour trouver le public, jusque dans des festivals !

Par la suite, j’ai fait d’autres plus gros films sans jamais retrouver cet esprit du film indépendant. Une part de moi a toujours voulu revenir à ce genre de films, un peu dans une ambiance de film d’étudiant, expérimentaliste.