Plan séquence

Généralement, un film comprend plusieurs centaines de plans, voir des milliers pour certains films d’action hollywoodiens récents. Le plan séquence, très apprécié des grands cinéastes, va un peu à l’encontre de la tendance puisqu’il consiste en une scène filmée en un seul plan, sans coupure.

Définition du plan séquence

Le plan est un morceau du film entre deux raccords. Une séquence est un passage, une scène d’un film se situant dans un seul et même lieu et reposant sur une action ou un dialogue principal. Un plan-séquence est donc une séquence composée d’un seul et unique plan, restitué tel qu’il a été filmé, sans aucun montage, plan de coupe, fondu ou champ-contrechamp.

Fonctionnement

Concrètement, réaliser un plan-séquence suppose que la caméra filme en continu durant le tournage de l’ensemble de la séquence. Dans le cas d’un dialogue, il n’y aura pas de champ-contrechamp pour dynamiser la séquence. Le réalisateur pourra choisir un plan fixe ou faire tourner sa caméra autour des personnages concernés par le dialogue afin de maintenir une certaine dynamique.

Le plan-séquence est l’une des techniques les plus difficiles à maitriser pour un réalisateur. Tout doit être préparé à l’avance ; les mouvements de caméra et des acteurs mais aussi des techniciens afin d’éviter que la perche son, ou une ombre non souhaitée apparaissent à l’écran. La moindre petite erreur oblige à recommencer le tournage de cette séquence depuis le début.

La durée d’un plan séquence est variable, mais les contraintes citées plus haut font des longs plans-séquences des prouesses filmiques extrêmement reconnues par les cinéphiles.

Portée, intérêt

Le premier intérêt qui vient à l’esprit pour le plan-séquence est qu’il rend la scène plus réaliste que si elle était composée de nombreux plans. L’impact sur le spectateur est souvent bien supérieur lorsque l’on utilise la technique du plan séquence.

Les plans séquences les plus appréciés sont ceux qui durent plusieurs minutes, qui suivent les personnages ou l’action sur une distance significative en s’affranchissant des contraintes spatiales. L’immersion est totale durant ses séquences ou on ressent vraiment la difficulté que peut rencontrer le personnage lors de son déplacement.

Le plan séquence permet également de jouer sur le rythme. On peut ainsi créer une atmosphère particulière. Accompagnés d’une musique douce, des mouvements lents de caméra créeront une ambiance légère.
Enfin, le plan séquence peut mettre en avant la performance physique d’un comédien pratiquant lui-même une cascade ou pour une scène de danse.

Les origines du plan séquence

Comme souvent lorsque l’on tente de remonter aux sources d’un phénomène, il est bien difficile de déterminer avec exactitude les premières utilisations du plan-séquence. Certains citent les frères Lumière ou encore Murnau mais le premier à vraiment avoir utilisé la technique du plan séquence à plusieurs reprises dans l’un de ses films se nomme Alfred Hitchcock. Le maitre du suspense, limité par la longueur des bobines de l’époque, a réalisé son film La Corde en huit plans séquences de dix minutes chacun.

Depuis, de nombreux autres réalisateurs ont utilisé le plan-séquence dans leurs films. Les plus célèbres sont Brian De Palma, Martin Scorsese ou encore Alfonso Cuaron.

En 2002, le cinéaste russe Alexandre Sokourov a réalisé un véritable exploit technique et narratif en tournant L’Arche Russe, un film composé d’un seul et unique plan séquence de 96 minutes. Cette prouesse a été possible grâce à l’utilisation d’un caméra haute-définition équipée d’un disque dur.

Quelques exemples de plans séquence

Old Boy de Park Chan Wook

Old Boy, une merveille du cinéma coréen primé à Cannes, offre un plan séquence d’une puissance incroyable. Pourtant, cette séquence est relativement courte par rapport à d’autres plans séquences, mais la position et les mouvements de la caméra créent une atmosphère vraiment particulière. La technique du plan séquence a permis à Park Chan Wook de créer une séquence unique dans le cinéma, comme on ne retrouve dans aucun film.

Shining de Stanley Kubrick

Au cours de sa carrière, Stanley Kubrick a régulièrement utilisé la technique du plan séquence. Cette scène du couloir dans Shining est une merveille. Nous suivons le jeune Danny à travers les couloirs peu rassurants de l’hôtel. La fluidité de la caméra nous met vraiment dans la peau du petit, et lorsque le rythme change, l’inquiétude, déjà présente, s’en retrouve encore plus forte.

Broken Flowers de Jim Jarmusch

Le plan séquence n’a pas forcément besoin d’être couplé à des mouvements virtuoses pour être efficace. Ici, Jim Jarmusch utilise le plan séquence pour ralentir considérablement le rythme, afin d’illustrer la solitude du personnage de Bill Murray. Un scène très ennuyeuse, ou particulièrement drôle et efficace, cela dépendra de l’appréciation du spectateur…

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Christopher Guyon

6 CommentsLeave a comment

  • Mer6 pour cette publication, car elle est instructif. Personelement je ne pas encore une scene en un plan sequence, a l’ecole avec mes copain on a fait klk pratik la dessus mais en executer un, c’est tout un challenge, et j’adore ca.

  • Exercice très difficile à mettre en place, tout doit être chronométré à la seconde près et la moindre erreur nous oblige à tout recommencer. Mais quand c’est réussi, le plan séquence est vraiment quelque chose de grandiose.

    Juste une petite critique: vous auriez pu mettre le plan séquence de « La Soif du Mal », d’Orson Welles, qui est tout bonnement ahurissant.

  • Les plans séquence du film : « les fils de l’homme » sont les plus beaux et plus réussis de tous les temps selon moi. Un chef d’oeuvre, surtout celle dans la voiture, et le plan séquence lorsqu’ils courent dans la ville, évitant les tirs et cherchant refuge.

    Ça m’a vraiment marqué et je me suis toujours demandé : comment ont-ils fait pour réaliser des plans séquence aussi bien faits, sans bavure et aussi longs

    • Si tu regarde bien le plan séquence de la voiture,tu remarqueras que ce n’en est pas vraiment un. C’est en fait plusieurs plans qui sont montés comme un seul et grâce au raccord de mouvement de caméra, on à la sensation que c’est plan séquence de plusieurs minutes. C’est quasiment imperceptible mais quand on l’analyse, on s’en rend compte. Enfin, ça n’enlève rien au génie de Cuaron

  • Merci beaucoup pour cet article, très instructif !

    Simplement, il est dommage que le lien pour le plan-séquence de Old Boy ne s’affiche pas (lien mort certainement). Et puis les plans-séquences peuvent entrecoupés de quelques autres plans (comme on peut le voir dans les extraits), la définition n’est donc pas tout à fait exacte – mais qu’est-ce qu’on s’en fout ? me direz-vous.

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