Réalisateur grec mondialement connu et reconnu, Yórgos Lántimos est revenu à l’affiche avec son nouveau film, Bugonia, sorti le 26 novembre. L’occasion pour nous de revenir sur la carrière de ce cinéaste surprenant, en analysant sa filmographie et son style qui ont su lui offrir une place de choix dans le paysage cinématographique actuel.
Kinetta (2005)
Le premier film du réalisateur est passé relativement inaperçu au-delà des frontières grecques. L’histoire : Dans un hôtel grec, hors saison, une femme de chambre, un homme obsédé par les BMW et un vendeur de photos tentent de filmer et de photographier diverses luttes mal jouées entre un homme et une femme.
Film d’une heure trente flirtant avec l’expérimental, Kinetta contient les prémices du style unique de Yórgos Lántimos : une idée délirante, une réalisation singulière, des thèmes qui deviendront récurrents dans sa filmographie tels que la violence ou la sexualité, le cinéaste pose ici les bases de ce que deviendra son cinéma.
Cependant le film peine à rencontrer son public. L’avis général est que le manque de moyens rend le tout un peu cheap, et qu’il reflète surtout une envie trop prononcée de ne pas faire un film comme les autres, ce qui le rend assez indigeste. Il reste néanmoins intéressant pour découvrir les débuts du réalisateur grec.

Canine (2009)
C’est avec ce film que Yórgos Lántimos se fait repérer. Il nous raconte l’histoire d’une famille assez particulière : le père et la mère ont enfermé les enfants (déjà âgés) et leur ont inventé un monde. Ainsi pour eux les avions sont des jouets qui tombent du ciel, les zombies des petites fleurs jeunes,… Leur seul contact avec l’extérieur est Christina, agent de sécurité dans l’usine du père, qui vient satisfaire les désirs sexuels du fils.
Un postulat de départ surprenant, l’une des marques de fabrique du cinéaste. L’ambiance est ici très lourde et étouffante, reflet de ce que vivent les enfants au quotidien. On découvre la vie de cette famille, les mensonges permanents et l’éducation presque militaire à laquelle sont soumis les enfants. En tant que spectateur, on s’attend à ce que l’un des enfants, via Christina comme point de départ, découvre le vrai monde et s’émancipe, mais le film joue avec nos attentes : lorsque cela arrive, le père prend les chose en main, renvoie (violemment) la jeune femme et met un terme à ces découvertes, et le quotidien reprend inlassablement. Cela permet de montrer que ces enfants n’ont aucune échappatoire, que les parents ont trop bien ficelé leur mensonge pour qu’ils s’en sortent. Et quand enfin l’occasion se présente de s’enfuir, le réalisateur suspend le temps, nous faisant attendre une réaction de l’enfant, mais rien ne se passe, laissant une fin plutôt ouverte.
Le film a remporté le prix «Un certain regard» au Festival de Cannes cette année-là, ce qui a attiré la lumière sur le cinéaste grec. Premier d’une longue liste de films récompensés…

Alps (2011)
Dernier film réalisé dans son pays d’origine, la Grèce, Alps est un film Pivot dans la carrière de Yórgos Lántimos. On y suit une infirmière de nuit qui fournit des services bien particuliers aux familles qui ont perdu leurs proches. Cette infirmière appartient à une mystérieuse communauté, les Alpis, dont les membres remplacent les gens qui viennent de décéder auprès de leurs familles sur une courte période et en échange d’un salaire.
Un film pivot car il effectue la transition entre le cinéma plus expérimental du cinéaste de ses débuts, et ses œuvres plus abordables de la suite de sa carrière. Le film est un savant mélange de ces deux approches, tout en respectant le style déjà établi du réalisateur : synopsis barré, une dose de mystère, et évidemment la violence et la sexualité y ont une place toute particulière. Car avec une idée pareille, c’est un excellent moyen d’explorer les déviances humaines au travers de l’impossibilité de faire son deuil. Le film est traversé par une ambiance malsaine liée à son concept, et enchaîne les scènes courtes et étranges. Le tout crée une sorte de bulle d’humour absurde et froid, qui donne au film une atmosphère très marquante.
Alps remporte le Prix du scénario à la Mostra de Venise en 2011, un deuxième succès qui permet au réalisateur de briser les frontières et de se lancer dans l’aventure d’Hollywood.

The Lobster (2015)
Premier film réalisé et tourné en langue anglaise, The lobster est le premier gros succès de Yórgos Lántimos, celui qui l’a fait connaître du monde entier. Le film se passe dans un futur proche où toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme sœur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.
Le film est une sorte de suite thématique d’Alps, dans son côté concept malsain et ambiance tout aussi dérangeante. Parce que réunir des gens pour qu’ils trouvent l’amour entre eux sur un temps donné, ça ne peut rien donner de bon. Le film critique notre rapport à l’amour et au couple, très standardisé par la publicité ou les représentations au cinéma et à la télévision. Cette course à l’amour amène une ambiance lourde et malsaine, qui n’est absolument pas contrebalancée par le monde des Solitaires, tout autant voir plus durs que l’hôtel. Le film nous montre deux pensées extrémistes qui s’affrontent, et nous montre qu’aucune n’est meilleure que l’autre : il faut laisser les choses se faire, ne pas désespérément chercher le couple ou le célibat car c’est quand on s’y attend le moins qu’on rencontre l’amour. L’humour est également présent, toujours très absurde et froid comme dans son précédent film, désormais partie intégrante du style du réalisateur.
The Lobster remporte le prix du jury à Cannes, et révèle Yórgos Lántimos au grand public. Reste à voir s’il va continuer sur cette lancée…

Mise à mort du cerf sacré (2017)
Et bien la lancée s’est un peu essoufflée avec ce film, passé un peu inaperçu dans la filmographie du cinéaste grec. Avec un accueil critique un peu plus mitigé, le film divise. Mais de quoi traite-t-il ? Et bien de Steven, brillant chirurgien, qui est marié à Anna, ophtalmologue respectée. Ils vivent heureux avec leurs deux enfants Kim, 14 ans et Bob, 12 ans. Depuis quelque temps, Steven a pris sous son aile Martin, un jeune garçon qui a perdu son père. Mais ce dernier s’immisce progressivement au sein de la famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.
Le film nous entraîne dans un plan machiavélique orchestré par un jeune garçon à l’encontre d’une famille en plein vide existentiel. Un jeu d’acteur très particulier mais réussi, une mise en scène maîtrisée et soignée, un mystère haletant et prenant, et une ambiance encore très malsaine qui commence à lasser les spectateurs. Assez proche de Canine, on lui reproche le manque d’explications aux mystères et le glauque et gore «juste pour choquer».
Un film qui passe donc un peu plus inaperçu malgré un Prix du scénario à Cannes, comment Yórgos Lántimos va-t-il réagir ?

La Favorite (2018)
Et bien en sortant son deuxième énorme succès, La Favorite. Début du XVIIIème siècle. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.
Première collaboration avec celle qui deviendra son actrice fétiche Emma Stone, le réalisateur nous livre ici une comédie noire historique qui a su marquer les esprits. Le synopsis est néanmoins plus «classique» et terre à terre que ce à quoi nous a habitué le cinéaste, ce qui témoigne d’un certain changement après la Mise à Mort du Cerf Sacré. Il s’amuse ici de l’aristocratie anglaise, perruques et superficialité, qui non content d’être au pouvoir n’est en fait qu’une simple basse-cour. L’humour est ici très présent, plus que dans les autres films du cinéaste, qui s’amuse à détourner les codes pour se moquer de notre société. La mise en scène est une fois de plus léchée, le jeu d’acteur parfaitement maîtrisé, et pour la première fois Yórgos Lántimos ne nous offre pas d’ambiance particulièrement malsaine. Un petit OVNI dans le style du cinéaste, mais passage nécessaire pour arriver au style qui a fait son incommensurable succès aujourd’hui.
En plus de son très bon accueil critique, le film remporte le grand prix du jury de la Mostra de Venise, le prix du cinéma européen du meilleur film et meilleur réalisateur et il est nommé pour le Golden Globe du meilleur film et pour l’Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation. Le cinéaste a donc su retomber sur ses pattes, réussira-t-il cette fois à maintenir le succès ?

Pauvres Créatures (2023)
C’est ainsi qu’arrive Pauvre Créature. Comment ne pas en avoir entendu parler ? C’est LE succès planétaire de Yórgos Lántimos, LE film qui lui a offert une place de choix dans le cœur des cinéphiles, LE film qui en a, après The Lobster et La Favorite, fait un réalisateur culte du cinéma mondial. On retrouve les intrigues loufoques chères au cinéaste : Bella est une jeune femme ramenée à la vie par le brillant et peu orthodoxe Dr Godwin Baxter, qui lui a greffé le cerveau d’un bébé. Sous sa protection, elle a soif d’apprendre. Avide de découvrir le monde dont elle ignore tout, elle s’enfuit avec Duncan Wedderburn, un avocat habile et débauché, et embarque pour une odyssée étourdissante à travers les continents.
L’univers visuel du film est le plus marquant de toute la filmographie de Yórgos Lántimos : coloré, inventif, les personnages semblent évoluer dans de véritables tableaux peints par les plus grands. Les formes du décor, la colorimétrie, le choix de la focale apportant une déformation de l’image, tout donne une identité visuelle au film qui lui est propre et dont tout le monde se souvient. L’interprétation d’Emma Stone est également sublime dans ce personnage qui découvre ce monde, ses bons et mauvais côtés. Car comme toujours, le réalisateur utilise ce monde fictif pour dénoncer les travers de notre société, de par les multiples manipulations auxquelles Bella va être sujette. Ainsi, ce personnage pur et vierge de toute connaissance va être perverti et utilisé par des hommes égoïstes et manipulateurs pour user d’elle à leur bon vouloir. Et oui, violence et sexualité sont à nouveau au cœur du récit, grand retour de certains des thèmes de prédilection de notre cher Yórgos ! Le tout est sublimé par la caméra du réalisateur qui nous offre une fois de plus des plans soignés et précis, en bref tout transpire une certaine finesse et perfection, contrebalancé par les personnages que rencontre Bella qui viennent mettre ce monde en désordre.
En plus de ses éloges critiques, le film reçoit le Lion d’Or à la Mostra de Venise, le Golden Globe du meilleur film musical ou de comédie ainsi que plusieurs nominations aux Oscars. Yórgos Lántimos est maintenant définitivement considéré comme un réalisateur d’exception et un incontournable dans le paysage cinématographique.

Kinds of Kindness (2024)
Le film est une fable en triptyque qui suit : un homme sans choix qui tente de prendre le contrôle de sa propre vie ; un policier inquiet parce que sa femme disparue en mer est de retour et qu’elle semble une personne différente ; et une femme déterminée à trouver une personne bien précise dotée d’un pouvoir spécial, destinée à devenir un chef spirituel prodigieux. Une idée assez originale donc, d’autant plus que ce sont les 7 mêmes acteurs qui jouent les personnages principaux de chaque histoire.
Ces trois histoires sont donc liées par le casting, mais aussi par certaines thématiques, notamment les relations faussement bienveillantes (que l’on peut retrouver dans nombreux de ses films). La mise en scène est fidèle à elle-même, l’humour si particulier du réalisateur est présent, et il n’est plus à prouver qu’il sait instaurer des ambiances malsaines et dérangeantes. Mais ce film n’a cependant pas rencontré le succès escompté : en effet, ses trois histoires qui le rendent si original ont été fortement critiquées, certains considérant qu’hormis une idée de départ intrigante et efficace, le réalisateur peine à écrire une véritable histoire. Cette critique revient sur toute sa filmographie depuis ses débuts, mais c’est ce film qui l’a fait exploser : ces trois histoires donnent selon elle l’impression que Yórgos Lántimos enchaîne les concepts sans les traiter tant que ça en profondeur, et quand il ne sait comment conclure, il passe à la suivante. Un sentiment partagé par de nombreux spectateurs qui trouvent les 2h45 du film trop longues et ennuyeuses, malgré le talent du cinéaste pour la mise en scène.
Le film reçoit cependant le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie pour la triple interprétation de Jesse Plemons, un autre acteur devenant muse du réalisateur puisqu’on le retrouve à l’affiche de Bugonia aux côtés d’Emma Stone.

Maintenant que nous avons exploré la filmographie de Yórgos Lántimos, vous y voyez un peu mieux certains motifs récurrents. Mais attardons nous quand même un peu plus sur ce qui fait son style si particulier.
Un esprit barré au service de l’art
Vous l’avez sans doute remarqué, mais de l’esprit de Yórgos Lántimos germe son lot d’idées et de concepts farfelus, toujours au centre de ses films. Pour imaginer des parents qui promettent à leurs enfants qu’ils pourront sortir de la maison quand leurs canines seront tombées et auront repoussées (Canine), une femme adulte à qui on a greffé un cerveau de nourrisson (Pauvres Créatures), ou encore un hôtel dans lequel on doit trouver l’amour en 40 jours sous peine d’être transformé en un animal de notre choix (The Lobster), il faut en avoir sous le capot !
Ce qui est sûr quand on va voir un film du cinéaste, c’est qu’il contiendra son lot de grotesque et d’absurde, dans son récit comme nous l’avons vu ou, pour ses histoires plus terre à terre, dans des situations et dialogues. On peut citer la place importante des lapins de la reine à la cour (La Favorite) par exemple. Ce décalage est souvent là pour amener un peu d’humour, mais là aussi c’est un humour à la Lántimos : toujours très froid dans son registre absurde, il n’a pas pour but de vous faire rire aux éclats mais plutôt de détendre un peu l’atmosphère et de souligner l’absurdité du monde qui nous est présenté. Les adieux déchirants d’une jeune femme et de sa meilleure amie transformée en poney (The Lobster), le chien à tête d’oie (Pauvres Créatures), ou bien nombreux mots interchangés par les parents (Canine).
Il n’est plus à prouver que le réalisateur grec est passé maître dans l’art de créer des univers plus loufoques les uns que les autres. Le premier qui nous vient à l’esprit est bien sûr celui de Pauvres Créatures, visuellement très inspiré, mais les autres plus ancrés dans la réalité sont tout autant marquants. L’hôtel très raffiné en contradiction avec la forêt très sauvage (The Lobster), le château très bourgeois de l’aristocratie (La Favorite),…

Une ambiance très marquée
Un des gros points communs à la grande majorité des films de Yórgos Lántimos que vous aurez sûrement remarqué, c’est l’ambiance très malsaine qui s’en dégage. Les histoires et événements mis en images sont souvent assez glauques et perturbants : les sœurs qui s’amusent à se lécher diverses parties du corps (Canine), les combats où la femme de chambre se blesse (Kinetta), Robert contraint de mettre sa main dans un grille pain pour s’être masturbé (The Lobster), les exemples sont légions. L’ambiance pesante est aussi retransmise par la réalisation : des plans séquences fixes, des cadrages surprenants, un rythme assez lent, tout est fait pour créer une atmosphère dérangeante ayant pour but de déstabiliser le spectateur. La fin de ses films est souvent sur le même modèle par exemple : une longue séquence sans musique, souvent un plan fixe, où l’on attend patiemment que qu’un personnage fasse quelque chose, ou que quelque chose se passe. Mais après une longue attente, le cinéaste coupe juste et lance le générique, avant que ce qu’on attendait ne soit arrivé, créant une plutôt ouverte.
Le jeu d’acteur est également un élément très important et reconnaissable dans les films du cinéaste. Un jeu toujours très froid, des personnages manipulateurs ou manipulés qui cachent leurs émotions, juste en regardant les acteurs on sait que c’est Yórgos Lántimos qui les a dirigés. Tous les prisonniers de l’hôtel vivent un deuil (d’une relation et/ou d’un être aimé) mais sont contraint d’essayer de se plaire entre eux, ils sont donc assez apathiques mais feignent leurs émotions, et dans le monde des Solitaires les membres n’ont pas le droit de se témoigner de l’affection quelle qu’elle soit (The Lobster), Bella qui découvre son corps et ses émotions et qui donc agit et parle comme un robot (Pauvres Créatures), la famille qui n’a jamais rien connu d’autre que cette maison à l’éducation militaire donc qui ne se témoigne que peu de sentiments et ont des rapports très froids (Canine), en bref le jeu des comédiens bénéficie d’un soin tout particulier et qui participe à l’ambiance malsaine qui constitue l’identité des films du cinéaste.

Des thèmes forts et troublants
De nombreux thèmes se retrouvent dans les œuvres du réalisateur. La présence de l’irrationnel dans le quotidien par exemple : hormis Pauvres Créatures et La Favorite, les films de Lántimos se passe dans un monde très réaliste mais où de l’absurde vient s’immiscer : une simple maison avec jardin où vit une famille aux habitudes étranges (Canine), un hôtel luxueux où les pensionnaires sont transformés en animaux (The Lobster), une ville tranquille dans laquelle des gens se font passer pour les proches décédés des habitants (Alps),…
Un autre sujet régulièrement au cœur du récit est l’aliénation, l’emprise que certains individus entretiennent sur d’autres, et en quoi c’est une chose terrible : Canine nous montre l’emprise totale des parents sur la vie de leurs enfants, tellement bien ficelée qu’ils n’ont aucune chance de s’en sortir. L’emprise que les hommes entretiennent sur Bella qui la font devenir une prostituée sans qu’elle en comprenne la vraie portée dans Pauvres Créatures. Dans The Lobster, on découvre l’aliénation de la population par le gouvernement via des règles absurdes qui interdisent le célibat, créant un climat plus que malsain sur le couple, et que personne ne questionne : le peuple ne sait plus trouver de juste milieu et est pris entre le feu de deux idéologies extrémistes. Yórgos Lántimos met un point d’honneur à nous démontrer en quoi nous sommes tous très influençables, et la dangerosité des gens qui en profite.

Et enfin, comment ne pas parler du sujet principal que l’on retrouve dans tous ses films : les diverses perversions de l’être humain. C’est pourquoi la sexualité et la violence ont des places prépondérantes dans ces histoires : c’est là qu’on voit la vraie nature de l’Homme et ses désirs les plus inavouables. Le but du cinéaste est souvent de nous choquer, de nous chambouler, de nous dégoûter profondément de notre propre nature pour rendre son message plus percutant : nombreux de ses films contiennent des scènes assez gores et/ou d’une violence dure (plusieurs moments de Mise à Mort du Cerf Sacré, le coup de magnétoscope et l’haltère dans les dents dans Canine,…), et les scènes de sexe sont tout aussi légion (le coït sans passion dans The Lobster, la moitié du film consacré à Bella en actes sexuels dans Pauvres Créatures, les nombreuses scènes de sexe dans Canine,… On notera que dans ce dernier exemple, le réalisateur va particulièrement loin en nous proposant une scène d’inceste entre le frère et la sœur qui flirte avec la pornographie, puisque tout est visible : du membre de l’acteur en action aux différentes pratiques effectuées, le contrat de choquer et de déranger est parfaitement rempli). Mais le film qui traite selon moi le plus de cette idée d’explorer les perversions est Alps : le concept même du film, remplacer pendant un temps les proches disparus, est en lui-même très pervers. Mais de voir les clients projeter leurs défunts sur ces acteurs entraînent de nombreuses scènes perturbantes et choquantes, profondément ancrées dans la psyché dérangée de l’humanité et du deuil.

Vous l’aurez compris, Yórgos Lántimos est un réalisateur au style marqué et parfaitement identifiable, explorant des thématiques fortes et nous mettant face à l’absurdité et les dérives de notre monde. Qu’on aime ou pas ses œuvres, qu’on les trouve subversives ou vides autour du concept, il est indéniable que le cinéaste grec a su devenir un réalisateur incontournable et culte, avec un vrai talent pour créer des univers et des atmosphères marquantes.