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Interview : présentation du festival Ciné Haïku

Aujourd’hui, je vais vous présenter un festival dont l’année 2017 marque la toute première édition : le festival Ciné haïku, qui est aussi un concours de court métrage, aux règles bien définies.

cine-haikuPrésentation du festival

Le festival annuel Cinéhaïku réunit l’ensemble des films primés chaque semaine dans une exposition éphémère, du 7 au 21 juillet 2017, à travers la ville de Gordes, dans le Luberon, en France.

Au travers d’une promenade esthétique, les Cinéhaïkus, retransmis sur des écrans, permettent au public de découvrir un instant de poésie suspendu dans le temps.

Si le festival ne démarre qu’en juillet, le concours a commencé fin janvier 2017. Les participants sont invités à proposer des films très courts, de moins de 30 secondes, inspirés par la tradition du haïku japonais. Qu’est ce qu’un haïku ?

« Le haïku est une forme japonaise de poésie permettant de noter les émotions, le moment qui passe et qui émerveille ou qui étonne. C’est une forme très concise, dix-sept syllabes en trois vers (5-7-5). » (source : Tempslibre.org)

Les réalisateurs souhaitant participer au concours sont invités à réaliser un film de trois séquences très courtes, avec une intention similaire à celle du haïku : « discret, d’un lyrisme silencieux. Il évoque les choses indirectement sans que ce soit symbolique. » Il ne transmet « pas de sentiment amoureux trop marqué. Pas de carpe diem. L’amour est l’inverse du haïku, l’amour oblige à parler de soi. Le haïku dit “je” mais pour se laisser oublier. Le “je” passe dans le corps. ».

Chaque semaine, un film sera sélectionné par le jury et son auteur remportera 500$. Lors du festival, tous les lauréats hebdomadaires seront diffusés dans le village de Gordes et le grand gagnant remportera la somme de 10 000$. Ci-dessous, vous pourrez découvrir l’interview de l’organisatrice ainsi qu’un aperçu du type de film qui peuvent être proposés au festival.

cine-haiku-festival

Interview de Clara, organisatrice de Ciné haïku

– Bonjour, Pouvez-vous nous présenter le festival Ciné Haïku?
Le festival Cinéhaiku rassemble à Gordes l’ensemble des films primés durant l’année. C’est une exposition itinérante dans l’un des plus beaux villages de France. Un parcours d’écrans Cinéha !iku vient créer la surprise dans le village à travers le village, comme une chasse au trésor dada.

– Pourquoi avoir créé ce festival ?
Le talent est contagieux, la poésie vitale, les films courts modernes… La beauté apaise, donne de l’espoir, réconcilie… La jeunesse nous donne de l’énergie, nous remet en cause, nous bouscule… Je crois que je ne me suis jamais remise de la lecture de « La préparation du roman » de Roland Barthes, un cours au collège de France dont le premier chapitre est consacré au haïku…
« Tout en larmes
Assis il raconte
Sa maman l’écoute » (Hasuo)
Le poème est tellement fort, qu’on visualise instantanément la scène. Mais justement, comment rendre cette force visuellement ? C’est de cette interrogation qu’est né l’idée du concours et du festival.

– Pourquoi le choix du Haïku ?
La poésie est une passion personnelle et dans cette passion, le haïku tient une place à part. C’est un foudroiement, raison pour laquelle la signalétique du site internet cinehaiku.com reprend ce symbole. Mais c’est un foudroiement dans la douceur : traditionnellement les haïkus ne sont ni violents, ni érotiques, ni revendicatifs. C’est un moment qui fait sens, sans aller jusqu’au symbole. Il évoque la nature, il renoue avec notre part la plus pure d’humanité. Je pense que nous avons tous besoins de ce lien, de cette gratuité dans les émotions débarrassées de trop d’intentions.
« Comme il est admirable
Celui qui ne pense pas « la vie est éphémère »
Quand il voit un éclair » (Basho)

– Chaque semaine, un film sera récompensé d’un prix de 500$, et cela pour plusieurs mois. Pourquoi avoir choisi cette formule ?
Nous nous adressons de manière privilégiée aux jeunes réalisateurs, et la forme du concours nous a semblé la plus indiquée. Il s’agit d’un petit exercice créatif, il aurait pu être gratuit.
« Tout le monde dort
Rien entre
La lune et moi ». (Seifugo)
Ca ne vous donne pas envie de créer un cinéhaïku ?

– Pouvez-vous présenter le Jury ?
Il est en cours de constitution, j’attends des réponses. Il rassemblera des personnalités internationales du design, comme India Mahdavi, de l’art contemporain comme Sylvie Fleury, de la poésie mais aussi évidemment du cinéma.

– Y a-t-il un mot d’ordre, une ligne directrice donnée au jury pour son choix des films ?
Liberté.

– Quels sont les projets futurs de l’association ?
Nous sommes concentré sur le projet de mener à bien cette première édition à Gordes. L’accueil de la ville a été fabuleux et nous sommes tombés amoureux de la région. C’est une grande fierté pour moi, toute mon énergie est dirigée vers le 7 juillet 2017…

Quelques exemples de films en trois séquences

Cinéastes amateurs en recherche d’opportunités, n’hésitez pas à consulter notre liste de festivals et concours de courts métrage en 2017

Festivals et concours de courts métrages en 2017

Lorsque l’on est réalisateur amateur ou débutant, il est parfois très dur de trouver des informations sur comment diffuser ses films. Chaque années, de nouvelles opportunités apparaissent. Voici une sélection de festivals de courts métrages de concours de scénarios se déroulant en 2017 et dont l’appel à candidature, pour la plupart, n’est pas encore terminé. A vos plumes !

Les festivals et concours de courts métrages

Ciné haïku

Une festival dédié aux très (très) courts (moins de 30 secondes) inspiré par une tradition japonaise ! La sélection a déjà commencé et se déroule sur plusieurs mois avant le festival à proprement dit. C’est le moment de vous mettre au boulot.

Dates de candidature : à partir du 15 janvier 2017
Dates du festival : du 07 au 21 juillet 2017
Site officiel

clermont-2017
Festival international du court métrage de Clermont

Il est trop tard pour y présenter un film, mais c’est la référence internationale du court métrage. Si vous pouvez vous rendre sur place, vous apprendrez énormément, que ce soit en voyant des centaines de films ou en développant votre réseau en rencontrant des producteurs et d’autres réalisateurs.

Dates du festival : 03 au 11 février 2017
Site officiel

Festival Coté Court

Plusieurs compétitions et sélections se partagent l’affiche, ce qui offre une variété de films très intéressante. En plus des prix attribués durant le festival, chaque film sélectionné en Compétition ou Panorama se voit accordé une prime de 54€ HT

Dates de candidature : jusqu’au 28 février
Dates du festival : 07 au 17 juin 2017
Site officiel

Festival Ptit Clap

Festival réservé aux réalisateurs ayant entre 15 et 25 ans et aux films de court-métrage de moins de 15 minutes. Si les films d’animation sont exclus, aucun thème particulier n’est imposé aux films.

Dates de candidature : Jusqu’au 31 mars 2017
Dates du festival : 3 juin 2017
Site officiel

SeriefestivalfilmcourtpleinairFestival du Film Court en plein air de Grenoble

Pas d’infos pour le moment sur la nouvelle édition de ce festival très apprécié du public grenoblois, mais cela devrait vite changer.

Dates de candidature : non communiquées
Dates du festival : du 4 au 8 juillet 2017
En savoir plus

Concours Maison du film Court

La Maison du Film Court organise un concours de films courts qui a pour thème « La femme de 50 ans dans les fictions courtes ». 10 projets seront soutenus, afin d’établir une collection de films, et plus particulièrement 3 lauréats bénéficieront d’un accompagnement particulier, à la fois logistique et financier.

Candidatures / appel à projets : Fin juin à fin septembre 2017
Site officiel

Off-courts Trouville

Pas encore de dates officielles, mais cet autre festival international très réputé se déroule chaque année en septembre. Des films français et internationaux, professionnels et amateurs, sont sélectionnés, diffusés et primés chaque année.

Site officiel

Les concours de scénarios

Voici quelques concours de scénarios. Souvent, certains thèmes sont imposés, mais ce n’est pas toujours le cas. Pour mener à bien votre tâche, découvrez notre méthodologie pour écrire un court métrage.

Festival-International-des-scénaristes-Valence-765x510Festival International des scénaristes de Valence

Comme pour Clermont, il n’est plus possible d’envoyer sa candidature, mais vous pouvez toujours demander une accréditation pour participer à l’évènement et rencontrer de nombreux professionnels.

Dates du Festival : du 29 mars au 1er avril
Site officiel

Le moulin d’Andé

Comme chaque année, le Moulin d’Andé lance son concours de scénario de court métrage. Les lauréats bénéficieront d’un stage de réécriture, puis un second jury désignera un premier prix doté de 5000 € pour l’auteur et de 25000 € pour la production du court-métrage, et un second prix d’un montant de 2000 € alloué à l’auteur.

Candidature : Jusqu’au 24 février
Site officiel

Vous trouverez de nombreux autres appels à projets sur le site la maison du film court, la page étant régulièrement mise à jour.

Faire un stage d’Assistant réalisateur

Que vous vouliez devenir réalisateur, vous orienter vers la direction de production ou exercer d’autres fonctions dans le milieu du cinéma, il y a de grandes chances que vous deviez passer par la case stage, même en ayant un réseau. Le réseau vous aidera peut-être à décrocher un stage plus intéressant, mais il ne vous permettra pas de réaliser votre premier long métrage à 18 ans. Nous avons déjà consacré un article au livre l’assistant réalisateur, très réussi sur le sujet et idéal pour en savoir plus sur le métier. En attendant, vous pouvez déjà en apprendre un peu plus avec cet article.

Les missions du stagiaire Assistant réalisateur sur le tournage

Avant toute chose, il faut bien avoir conscience que le stagiaire a un vrai rôle à jouer. SI jamais vous avez la chance de décrocher votre premier stage sur le tournage, sachez de suite que vous ne serez pas là pour regarder les autres faire. Vous devez apprendre, mais cela passera surtout par l’action.

stagiaire pour un film

Plus vite vous serez autonome et plus vite vous vous verrez confier des missions variées. L’assistant réalisateur est très pris et surtout les sources de stress sont nombreuses. S’il saura faire preuve de retenue face au réalisateur ou au producteur, ce sera peut-être moins le cas avec le stagiaire qui le ralentit. Surtout, vous aurez plus de chances que l’on fasse appel à vous par la suite pour un autre stage ou même un premier contrat si vous avez fait preuve d’initiative avec succès.

Sur la plupart des tournages, l’une des missions principales du Stagiaire Assistant Réalisateur sera de s’occuper des comédiens. Il devra s’assurer qu’ils sont à l’heure sur le plateau (parfois en assurant lui-même le transport), et une fois sur place, il s’occupera de répondre à leurs diverses demandes tout en veillant à qu’ils soient prêts pour le tournage de leurs séquences le moment venu.

Stage d’Assistant réalisateur, l’avis d’Alice

Tu veux devenir Assistant réalisateur, pourquoi le choix de ce métier ?

Je veux devenir assistante parce que c’est une métier qui allie côté artistique (conseils au réalisateur notamment sur les acteurs à prendre) et organisation (c’est lui qui fait le planning, organise la journée de travail sur place…)

Tu as participé à un stage sur un tournage, peux-tu nous en dire plus sur tes missions au quotidien ?
Mes missions en tant que stagiaire : Amener les comédiens sur scène, distribuer tous les planning (celui de la veille pour le lendemain), envoi de mails au comédiens, blocage de rues, direction de figurants (quand est-ce qu’il doivent entre en scène, et beaucoup de « police » : faire le respect du silence). Il y a aussi beaucoup de moments où tu dois apaiser les tensions entre les différentes équipes et tes supérieurs (les assistants réa sont assez sollicités pour ça)

Envisages-tu de faire des stages dans d’autres métiers ? Pourquoi ?
J’aimerais faire des stages de chef opérateur, mais…ce n’est pas possible, parce que c’est un métier qui n’a pas de stagiaire, on y accède après avoir été le premier d’une quitté (1er à la caméra, à l’Electro…). Après le réalisateur, le chef opérateur est le chef des chefs, c’est lui qui chaperonne toute la technique : lumière, filtre, etc… (il est aussi très bien payé et paye une tournée générale à la fin). Mais c’est un métier beaucoup plus difficile à accéder

Comment trouver un stage d’assistant réalisateur ?

Si vous étudiez dans une école de cinéma (ce que l’on vous recommande fortement), exploitez son réseau. Explorez l’annuaire des anciens, des réseaux professionnels comme Linkedin. Vous pouvez également contacter les sociétés de production à l’approche de tournages.

Serge Bozon, l’inclassable

realisateur_bozon

Critique pour « Trafic » et « La Lettre du cinéaste », cinéaste, scénariste, comédien de films d’auteurs français super perchés, également dj mixant les Beach Boys ou la musique garage des années 80 lors de festivals cinéphiles comme Genève ou Belfort, Serge Bozon a de quoi dérouter, amuser, mais aussi fasciner. S’il met sur un piédestal les metteurs en scène comme Jean-Claude Biette, Jean-Claude Guiguet, Paul Vecchiali ou encore Marie-Claude Treilhou, son cinéma, qui ne craint pas le ridicule, qui réhabilite la chanson, le non-jeu et l’excentricité délibérée, n’appartient au final qu’à lui ; un cinéma de mise en scène plutôt que de scénario tel que le faisait un autre de ses maîtres, américain lui, à savoir Howard Hawks. En lisant le script de « Tip Top » (2013), l’acteur belge François Damiens déclara même n’y avoir « rien compris ».

L’extrait ci-dessus, tiré du moyen-métrage « Mods » (2003), se révèle dingue et dit par exemple toute la singularité de ce cinéma : plan frontal, personnages qui parlent ensemble sans se regarder, banalités proférées d’une voix invariablement monocorde. Il est stupéfiant mais aussi réjouissant que quelqu’un, dans le contexte du cinéma « d’auteur » français si timoré et si prévisible, ose des audaces telles, ose aller tellement à contre-courant du naturalisme dont les films primés aux César font habituellement leurs choux gras.

realisateur_bozonAussi acteur, Bozon défend les films qui se rapprochent un peu des siens, films qui vont à l’encontre des modes, des chapelles, des écoles, ou qui visitent des genres snobés, comme le fantastique avec « Les jours où je n’existe pas » de Jean-Charles Fitoussi (2003) ou « Deux Rémi deux » de Pierre Léon (2015). Son prochain long-métrage en tant que réalisateur, « Madame Hyde » avec Isabelle Huppert, Romain Duris et José Garcia produit par les Films Pelléas (2017), est d’ailleurs aussi un film fantastique.

Sinon, il s’avère absolument succulent dans « Je sens le beat qui monte en moi » de Yann Le Quellec (2012), petit bijou musical dans lequel deux personnages – une guide touristique et un chauffeur vivent selon deux univers musicaux aux antipodes, et donc dans deux mondes diamétralement différents, elle la musique classique, lui le rock. Yann Kernabon a fait une très bonne analyse de l’ouverture assez cocasse du film, que nous vous invitons à découvrir ici.

En 2016, on peut le voir dans l’excitant « Belle Dormant », une réadaptation du célèbre conte par Ado Arrietta dans lequel il joue aux côtés de Niels Schneider, Agathe Bonitzer et Mathieu Amalric, mais aussi, donc, « Madame Hyde », tiré du roman de Stevenson et dont il a signé le scénario avec sa co-scénariste habituelle, Axelle Ropert.

C’est surtout une figure qui, et c’est d’ailleurs pour cela que lui et tout le groupe de cinéastes de « La Lettre du Cinéma » défendent tellement Rohmer *, représente une immense liberté : liberté de création, liberté d’exercer plusieurs métiers à la fois, avec un mélange assez séduisant de désinvolture et de sérieux. On peut trouver ses films bizarres, voire ineptes, mais pour cela, pour cette liberté farouchement défendue, rien que pour cela : vive Serge Bozon !
* dont le « groupe » reprend des principes (tournage en pellicule, dans des vrais lieux non recréées à Paris, longues « tartines » de dialogues écrits dans un style très littéraire…).

 

Matthias Turcaud

Ces actrices qui passent derrière la caméra

Nombreux sont les acteurs à avoir tenté l’expérience du passage à la réalisation ! Exercice périlleux s’il en est, ce changement radical de position vis-à-vis du public garanti néanmoins une belle couverture médiatique (du moins pour les acteurs de premier rang). En revanche, peu nombreux sont ceux qui parviennent à s’inscrire dans la durée : et là, on pense bien sûr à Clint Eastwood, Woody Allen, Robert Redford, Kenneth  Branagh. Plus récemment c’est Ryan Gosling qui s’est lancé dans l’aventure avec Lost River (2014).

La réalisation est-il un monde réservé aux hommes, en particulier lorsque l’on vient du devant de la scène ? La réponse est non ! Malgré une faible représentation des femmes sur le métier de la réalisation, elles sont quelques-unes à trouver suffisamment de soutiens pour changer de métier, d’actrice vers réalisatrice.

invincibleOn peut bien sûr citer la très médiatique Angelina Jolie avec déjà trois longs métrages à son actif dont Invincible en 2014. Certainement de meilleure facture, le très bon Bliss réalisé par Drew Barrymore en 2009, fait partie de nos films actrice-réalisatrice préféré. A l’international, elles sont finalement nombreuses à passer derrière la caméra ! Nous pouvons encore citer : Diane Keaton, Jodie Foster… et d’autres projets sont en cours par Nathalie Portman (Une histoire d’amour et de ténèbres – 2014),

Les françaises ne sont pas en reste et montrent qu’il y a de la place à prendre dans cet univers très masculin. Tandis que Josiane Balasko ou Agnès Jaoui ont déjà fait leurs preuves, des réalisatrices françaises ont du mal à connaitre un grand succès malgré déjà plusieurs films sortis : Zabou Breitman, Sophie Marceau, Julie Delpy. Récemment, nous avons noté un sursaut de reconnaissance pour leurs travaux, en tête de proue, Maïwenn révélée aux César en 2012 pour Polisse et récemment au Festival de Cannes 2015 avec Mon Roi. Cela va-t-il conforter d’autres femmes réalisatrices à continuer dans cette lancée ? On pense bien sûr à Mélanie Laurent (qui a déjà réalisé plusieurs films), à la talentueuse Catherine Corsini (La Belle Saison – 2015), ou encore à Emmanuelle Bercot (La Tête Haute – 2015).

Pour ce qui est de la longévité dans le monde de la réalisation, les femmes actrices-réalisatrices ont encore du chemin à parcourir pour rattraper les énormes carrières des dinosaures du cinéma d’Hollywood… Mais au regard de la qualité de nombreux films, on ne doute pas qu’elles seront de plus en plus nombreuses à s’inscrire dans le temps.

Qu’apportent ces femmes à la réalisation ? Sans doute une sensibilité différente dans ce monde très masculin ! Le mieux reste encore de leur laisser la parole lorsqu’elles viennent se saisir d’une récompense sur un festival.

Interview de Rachel Lang pour la sortie du film Baden Baden

Notre chroniqueur Matthias a eu le plaisir de pouvoir rencontrer Rachel Lang autour de son film Baden Baden. Elle a répondu à nombreuses des questions ! Retrouvez cette interview dans son intégralité ci-dessous !

 

Quand vous réalisiez « Pour toi je ferai bataille », saviez-vous déjà que vous feriez une trilogie ?

Oui, tout à fait, c´était conçu comme un triptyque. Il y avait les trois volets, les trois axes qui étaient écrits dès le départ, et après l´écriture, la production et le financement se sont étalés de 2009 à 2015, mais les trois étaient pensés comme un triptyque.

Dans les films on voit les relations qu´Ana entretient avec sa grand-mère, sa mère, son meilleur ami, son ex, l´employé d´un magasin de bricolage. Avez-vous hésité à l´écriture à vous attarder plus sur l´une ou l´autre de ces relations ?

baden baden photo tournage (2)Alors le fil rouge c´était la grand-mère, avec cette reconstruction de salle de bain, et après j´avais envie qu´il y ait une galaxie de personnages qui gravitent autour d´Ana pour la montrer elle construite par ces personnages et qu´il y ait une multitude de personnages qui ne soient pas secondaires mais qui soient aussi principaux qu´elle. Du coup c´était l´objectif d´avoir beaucoup de personnages autour d´elle, pas de se focaliser sur un en particulier, mais que tous ces personnages la fassent devenir Homme avec un grand H et qu´ils la fassent grandir et devenir ce qu´elle est.

Pourquoi ce titre – « Baden Baden » – alors que la ville thermale n´est évoquée qu´une seule fois ?

Alors il y a la métaphore filée de la baignoire et des bains dans tout le film. Il y a aussi l´idée d´un endroit dans lequel on ne va jamais, donc c´est un peu l´idée d´une fausse piste et d´une fausse promesse qu´on donne dès le départ. On entre dans le film en pensant qu´on va à Baden Baden et on n´y va pas, et on sort du film en allant vers Aubagne et on ne sait pas non plus si on ira, mais c´est un peu la somme des possibles qui fait des chemins différents dans lesquels on ne va pas forcément.

Pour le tournage auquel Ana arrive en retard, vous êtes-vous inspirée de votre propre expérience ?

Oui, oui, le monde du cinéma ça peut être un peu extrême, ça peut être de grosses productions et des enjeux financiers qui sont tels qu´on ne peut pas se permettre de ne pas être hyper carré, parce que chaque minute vaut tant d´argent, donc effectivement j´ai bossé sur des tournages et, en l´occurrence, je me suis inspirée de ce que j´ai pu y observer.

Pour vous quel est le sujet premier du film ? La désorientation, la recherche de soi, la filiation ?

baden baden photo tournage (6)Oui, c´est tout à fait les sujets. C´est comment devenir libre, comment grandir, comment gagner en joie, comment devenir actif et arrêter de subir, arrêter d´être passif, c´est un peu tout ça, et le lien générationnel est aussi au centre, un lien qui permet la transmission et l´écoute silencieuse. Entre une grand-mère et une petite-fille il y a une génération de battement qui fait que l’enjeu générationnel n´est pas le même que des parents et des enfants, où les parents veulent que leurs enfants réussissent, soient heureux, etc. Ici c´est une relation plus légère, plus silencieuse et peut-être plus forte aussi.

Au niveau de la mise en scène, pourquoi avez-vous préféré des plans-séquences à des champs- contre-champs ?

Parce que moi ce qui m´intéresse c´est le temps et de trouver un rythme interne à chaque séquence qui soit organique et qui existe par lui-même, c´est-à-dire que ce qui m´intéresse c´est de chercher avec les comédiens le bon espacement de temps entre chaque réplique, le bon mouvement en vrai dans la vie pour qu´on ait comme ça des blocs qui soient des moments de vie pris comme ça et finis comme ça. C´est cette recherche-la qui m´intéresse plus que de créer au montage un rythme plus artificiel peut-être. Je préfère trouver sur le moment.

Avez-vous donné travaillé en étroite collaboration avec votre chef-op Fiona Braillon ? Lui avez-vous donné beaucoup d´indications ?

Avec Fiona on était ensemble à l´école et on a fait les deux courts-métrages précédents ensemble, donc a complètement découpé le film en amont et pensé avec cette idée de l´architecture aussi, qui est un des thèmes du film. On a vraiment conçu le film en amont en découpant dans tous les décors ensemble.

Qu´est-ce qui vous plaît chez votre actrice Salomé Richard ?

Ce qui me plait c´est qu´elle ne joue pas. C´est une comédienne qui ne montre jamais. Elle vit les choses, elle entend les directions et elle ne me le montre pas, c´est à moi de le voir, et ça c´est assez agréable. C´est assez rare les comédiennes de cet age-la qui acceptent qu´on aille voir plutôt que de montrer. C´est assez agréable de travailler avec elle, parce qu´elle n´est jamais dans la démonstration de quelque chose, elle fait de manière très simple, et presque paresseuse en fait en apparence, alors que ce n´est pas le cas, ce qu´on lui demande de vivre, et après moi je peux regarder ce qui m´intéresse là-dedans.

Qu´est-ce qui vous a poussé à engager Claude Gensac ?

baden baden photo tournage (10)A la base je voulais Bernadette Chirac, mais elle n´a pas voulu. Il y a très peu de comédiennes de cet age-là qui ne sont pas Alzheimer ou refaites, et elle fait partie de ces gens-là ; et c´est vrai que j´avais envie d´une grand-mère un peu terrienne, avec du caractère, avec une voix qui pète, qui fume des clopes et qui soit un peu punk, et Claude Gensac était totalement la grand-mère qu´il fallait. J´ai une directrice de casting qui s´appelle Kris Portier de Bellair, qui est la directrice de casting d´Haneke qui me l´a proposé, et voilà. Et puis aussi le coté populaire, en effet, comme elle est associée à De Funès.

Pourquoi avoir choisi le morceau « Si un jour » de La Femme qu´Ana chante à un moment dans sa voiture ?

La Femme c´est un groupe que j´aime bien. Il y avait déjà, dans un de mes courts-métrages, un de leurs morceaux – « Sur la planche » – et j´écoutais ce nouvel album au moment où j´écrivais le scénario et j´avais besoin pour cette séquence d´une musique un peu pêchue, qui lui donne la patate, qui lui donne envie d´appuyer sur le champignon et de faire un gros excès de vitesse, et ça a été cette chanson, avec le cote unisexe qui est aussi un des thèmes du film, parce que je voulais un personnage qui soit un individu avant d´être une fille un garçon, avant d´être le représentant d´un genre.

Pourquoi avoir choisi de tourner à Strasbourg ?

Il y a plusieurs raisons. Strasbourg c´est une capitale européenne, comme Bruxelles. C´est une ville frontière entre l´Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, la France, la Suisse. La région Alsace m´avait soutenu pour mon précédent court, je savais qu´ils me soutiendraient pour la suite, donc j´ai écrit pour tourner en Alsace, et c´est vrai que c´est une région à laquelle je suis attachée, que je trouve belle et que j´avais envie de filmer.

Avez-vous supervisé le montage de près ?

Ah bah oui, ce n´est pas superviser, je ne suis pas chef d´entreprise. Bah oui, j´étais avec ma monteuse tous les jours en permanence. C´était une superbe rencontre, c´est une monteuse bourrée de qualités, on a vécu des trucs un peu vertigineux dans le montage, à se poser des questions sur un frame, deux frames, quand est-ce qu´on arrête le plan, quand est-ce qu´on commence.

Quelles sont vos sources d´inspiration principale, cinématographiques ou autres ?

baden baden photo tournage (15)Moi je ne viens pas trop du cinéma, alors je n´ai pas tellement de références cinéma. Mais il y a quand même Pialat, A nos amours ; Lucian Pintilie, un réalisateur roumain pas très connu qui a fait Le chêne et Terminus paradis et il y a Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) de Desplechin, il y a pas mal de trucs assez différents en cinéma. Mais ma référence c´est surtout Spinoza, « L´Ethique », le mouvement de passer d´un état à un autre, le rapport entre le corps et l´esprit, la relation aux gens, la relation au monde et l´idée de devenir actif pour gagner en joie, pour gagner en liberté et cesser de subir et d´avoir des idées inadéquates. Après il y a pleins de niveaux de lecture, ça c´était la base de ce avec quoi j´avais envie de construire le film. On s´en fout si personne ne comprend qu´il y a du Spinoza dedans, ça me va très bien.

Avez-vous des projets ?

J´ai un film en écriture sur la légion étrangère.

Ah oui, c´est un peu une suite de « Baden » alors…

Y a une passerelle à la fin de « Baden » qui conduit vers ça, mais comme c´est ça la fin d´un triptyque ça change de personnages.

 

Matthias Turcaud

Alaska – Interview de Claudio Cupellini et Elio Germano

alaska

Alaska de Claudio Cupellini

Note : 3/5 – Une histoire d’amour désenchantée par une dure réalité sociale

Synopsis

Fausto est italien et vit à Paris. Il essaie de joindre les deux bouts en travaillant en tant que serveur dans un grand hôtel. C’est sur un toit de Paris qu’il rencontre Nadine, 20 ans, en pleine séance photo pour des sous-vêtements. Ils sont seuls, fragiles, et obsédés par une idée du bonheur qui semble inatteignable. C’est ainsi qu’ils se reconnaissent dans l’autre. Ils vont s’aimer, se perdre, souffrir et tenter d’atteindre ensemble ce bonheur impossible.

C’est ce 27 janvier 2016 que je suis rendue dans les studios de Bellissima pour cette rencontre exclusive avec le réalisateur, Claudio Cupellini, et l’acteur, Elio Germano.

Interview de Claudio Cupellini et Elio Germano

 

  • Qu’est ce qui vous a inspiré pour écrire ce film ?

Claudio: J’avais envie d’écrire cette histoire d’amour dont les influences cinématographiques et littéraires sont différentes de ce que j’ai l’habitude de faire. Pour moi, il s’agissait d’un retour aux sources du cinéma, à savoir le cinéma de François Truffaud, qui m’a toujours plu et influencé mais aussi le livre de Fitzgerald, Gatsby le Magnifique, mélangé bien sûr à du vécu. Il y a eu beaucoup d’échanges autour des personnages, pendant longtemps.

 

  • Comment percevez-vous cette histoire d’amour indissociable de la thématique sociale finalement ?

alaska_Elio_Germano_2Claudio: Je pense que les deux choses vont ensemble. Il y a une déduction qui amène à ce désir d’avoir toujours plus que l’on peut critiquer, bien qu’il s’agisse d’erreurs humaines finalement. L’idée, c’était de voir comment le succès allait amener des changements dans le rapport entre Fausto et Nadine. C’est à dire, de chercher quelle était la part de cette recherche de succès, et quelle était la part d’un sentiment plus pure, plus cristallin. C’est l’histoire de deux jeunes un peu paumés, qui n’ont rien, pas de famille, et qui cherche désespérément un endroit où trouver une harmonie. Ils le cherchent avec sincérité, du moins dans le cas de Fausto qui se dit que s’il ne peut pas avoir l’amour de Nadine, il peut au moins accomplir une forme de succès personnel. Il fera tout ce parcours, mais se rendra vite compte qu’il cherche en parallèle autre chose. Donc, c’est vraiment cette recherche du « toujours plus » qui accompagne les personnages, fomentée par les choix qu’ils font.

 

  • Avez-vous tourné dans de vraies prisons ? Est-ce facile d’obtenir ces autorisations ?

Claudio: Nous avons effectivement tourné dans de vraies prisons, cela n’a pas été facile d’obtenir ce genre de permis. Il a été difficile d’y entrer, mais parfois même d’en sortir, ayant sympathisé avec beaucoup de gens de la prison (rires). Nous avons tourné dans une prison italienne et le plus gros travail fut un travail de scénographie pour la rendre conforme à l’image d’une prison française.

Elio: Oui, et c’est toujours intéressant pour un acteur de tourner dans un lieu authentique comme celui-là. Je connaissais déjà le milieu carcéral, ayant travaillé là-bas en Italie, donc je savais comment cela marchait.

 

  • Quels ont été vos rapports avec les prisonniers pour vous imprégner dans votre rôle ?

alaskaElio: D’abord, il faut savoir que les personnes qui sont dans les prisons sont enfermées dans une bulle. Lorsque tu rencontres une femme et que tu l’attends- certaines personnes tiennent uniquement grâce à cette espérance- le temps s’arrête littéralement. Je pense que la psychologie de celui qui rentre en prison est aussi importante que celui qui en sort. Ce sont, à l’origine, des personnes recluses, exclues de la société. Fausto est un immigré italien, qui essaie de s’intégrer et Nadine, est également seule car elle n’a personne à qui se fier. Ces personnes sont donc en conflit permanent avec la société. Et la prison, ce serait une métaphore de cette guerre sociétale. Paradoxalement, la prison est aussi un lieu d’intégration plus facile pour des personnes comme Fausto et Nadine, parce que justement ils ne se retrouvent plus seuls. Ils sont entourés de personnes qui les comprennent et peuvent plus facilement faire confiance dans cette misère qui les lie. C’est d’ailleurs ce qu’expriment les rapports avec Roschdy Zem.

 

  • Comment votre choix s’est-il tourné vers Roschdy et Astrid ?

alaska_Claudio_CupelliniClaudio: Je suis venu plusieurs fois en France car j’organisais des castings pour le rôle de Nadine. Je trouvais des actrices qui me plaisait beaucoup sur le moment et finalement j’étais tout le temps un peu insatisfait. Je l’avais vu dans I Origins, et le moment de la recherche du rôle était un peu un moment schizophrénique pour moi car j’étais en plein tournage de ma série Gomorra. J’avais besoin d’une actrice assez forte pour tenir tête au personnage interprété par Elio car ce sont deux personnages que j’imaginais assez sauvages, sans éducation, capables de commettre des erreurs. Astrid est arrivée la dernière, mais elle et Elio se sont vite rendus compte qu’ils correspondaient mutuellement aux personnages.

Et un jour, en venant dans une maison d’édition, je tombe sur une affiche de Roschdy Zem et je me suis dit qu’il ferait un Benoît parfait. C’est alors que le producteur m’a annoncé qu’il était plus apte à interpréter un rôle principal ou rien. Je me suis dit que j’allais tout de même passer un coup de téléphone, et Roschdy a accepté très volontiers car, bien qu’il s’agisse d’un personnage secondaire, le rôle tenait une certaine complexité qui pouvait être intéressante à interpréter.

Elio: Avec Astrid, nous avions travaillé en amont du tournage pendant deux mois, car nous devions respectivement apprendre le français et l’italien.

Claudio : Oui et ce travail qu’ils ont effectué m’a beaucoup aidé car quand je suis revenu de Milan, ils avaient déjà créée des personnages riches et avancés, qui ont eux-même enrichi mon point de vue sur l’histoire.

 

  • L’histoire d’amour semble fonctionner seulement lorsqu’il y a un déséquilibre ? Pensez-vous que les personnages auraient pu être ensemble si leur histoire n’était pas si chaotique ?

Claudio: Il y a d’ailleurs cette didascalie dans le film, « les choses vont bien parce qu’elles vont mal » qui est un moment important du récit. Effectivement, ce sont des personnage qui vivent dans un déséquilibre continu. Ils ont un processus de maturation qui les amène à avoir des rôles inversés. Or, cette sérénité ils la trouvent à la fin du film et bien que Nadine soit en prison, ils trouvent, par ce biais, cette sérénité qu’ils cherchaient ensemble.

 

  • Peut-on dire que Nadine et Fausto n’existent qu’à travers l’argent ?

alaska_Elio_GermanoElio : Ce sont seulement deux personnes qui essaient d’être heureux. C’est ça leur motto finalement, avant d’être celui de l’argent. Leur manière de montrer qu’ils s’aiment se fait à travers l’argent, c’est vrai, car ils ont grandi en pensant que c’était ça la réussite et le bonheur. Ils parlent souvent de devenir « quelqu’un », comme si le fait d’être soi-même ne leur convenait pas. Ils cherchent donc cette commodité financière mais aussi leur identité en fait. Fausto et Nadine sont habitués à ce que tout aille mal pour eux. Et Fausto se demande même s’il ne faut pas adopter une certaine attitude qui serait complémentaire avec le fait d’être riche. C’est la raison pour laquelle, il devient froid, calculateur, agressif à des moments du film. Seulement, il y a un sentiment qui vient contrecarrer ce désir de devenir un gagnant et le film raconte cette dualité constante: celle de choisir de détruire sa carrière ou leur amour.

Claudio: Et puis c’est vrai que de nos jours, nous vivons dans une sorte de chantage continu de l’argent. Il y aura toujours cette préoccupation économique quelques soient les ambitions de chacun. Et bien que cela ait existé à d’autres époques, cela est particulièrement présent aujourd’hui. Ces personnages peuvent sembler passifs mais ils sont toujours à contre-courant et leur agressivité s’exprime dans la capacité à faire du mal, et par du cynisme aussi. Il ne s’agit pas forcement d’une violence physique mais d’une violence psychologique. Ils sont très cruels l’un envers l’autre. Par exemple, lorsque Nadine revient et dit a Fausto qu’elle a «baisé avec un autre», elle insulte clairement la seule chose de beau qui leur appartenait. De même lorsque Fausto la voit revenir dans la discothèque, il se violente lui-même. C’est-à-dire qu’il adopte cette froideur qui lui permet de se protéger mais qui, en même temps, violente ses propres sentiments. De plus, c’est quelqu’un qui ne réussit pas à se décider.

 

  • Il y a aujourd’hui une très grande esthétisation du cinéma moderne Italien, et vous-même avez fait très attention à travailler les cadrages, la lumière, la musique…

Claudio: Concernant la musique, j’ai choisi un musicien qui ne travaille pas du tout dans le milieu de la musique électronique mais dans l’industrie du rock, donc il ne s’agissait pas pour moi, de «décorer» le récit de cette manière. Je voulais que la musique dégage quelque chose d’agressif qui puisse correspondre aux personnages. La musique doit aussi être au service du récit selon moi.

 

  • Qu’est ce qui vous a plu dans la complexité de ces personnage ?

Elio: Ce qui est intéressant dans le rôle de Fausto, c’est qu’il s’agit d’un personnage constamment tiraillé. Il doit toujours faire des choix entre ce qu’il doit faire pour faire avancer sa carrière et ce qu’il veut faire. Et c’est ce tiraillement qui m’a touché. Il faut toujours prendre une décision dans la vie, et c’est ce que le film raconte.

 

  • Comment s’est fait le choix du titre, Alaska ?

Claudio: Je voulais éviter les clichés de titre romantique. Alors, oui l’Alaska est un état des États-Unis, mais c’est également l’état de la ruée vers l’or, d’une aventure extrême, d’un territoire froid et hostile. Tous ces sentiments sont ressentis par les personnages.

Les acteurs-réalisateurs pour le meilleur et, parfois, pour le pire…

Les acteurs réalisateurs pour le meilleur et, parfois, pour le pire…

La sortie en salle de Lost River de Ryan Gosling (lire la critique) nous permet de faire un point sur un sujet passionnant : les acteurs qui passent derrière la caméra.

Le passage derrière la caméra un rêve risqué

lost_river_afficheOn le sait passer à la réalisation n’est pas chose aisée pour un acteur. Il doit faire face aux critiques voyant en lui un opportuniste, sans compter tous les procès en légitimité accompagnant généralement la sortie de son film.

Un point essentiel à ne pas perdre de vue : on ne passe jamais par hasard derrière la caméra. Le cinéma est une industrie (très) lourde en terme de logistique et de pesanteurs administratives et un réalisateur doit faire preuve d’une énorme force de persuasion (ou signer un énorme chèque, suivez mon regard…) pour réussir à monter son projet.

Prenons l’exemple de l’un des acteurs-réalisateurs les plus connus au monde : Clint Eastwood. Il passe à la réalisation en 1971 avec le film Un frisson dans la nuit. À l’époque, Clint Eastwood est loin d’être un jeune premier, il a déjà 41 ans et a derrière lui une carrière importante d’acteur et, surtout, a collaboré avec deux géants du cinéma qui lui ont sans doute appris 2 ou 3 choses : Sergio Leone et Don Siegel. Et pourtant, il a dû batailler ferme avec les pontes du studio Universal pour obtenir leur feu vert, ces derniers ne voyant dans sa démarche qu’un caprice de star. Afin d’avoir leur accord, il accepte de ne toucher qu’un salaire minimum en tant que metteur en scène et se contente d’un budget très restreint (on parle de 725 000 dollars !). Et encore, Universal n’a cédé que grâce à l’entremise de Don Siegel, lui-même, qui soutient Clint Eastwood dans sa démarche et accepte de jouer dans le film en tant… qu’acteur. La boucle est donc bouclée ! Eastwood parvient à achever le tournage 2 jours avant la date prévue et réussit même le tour de force de ne pas dépenser tout le budget prévu. Il n’en fallait pas plus pour que notre cher acteur sudiste « obtienne la carte » et soit tranquille jusqu’à aujourd’hui… Des exemples comme celui-ci, d’acteurs-réalisateurs à la carrière aussi longue, il y en a peu dans l’histoire du cinéma. On peut citer : Woody Allen, John Cassavetes, Robert Redford, Kenneth  Branagh, c’est à peu près tout.

bliss_afficheUne chose est sûre, il y a encore moins d’actrices passant derrières la caméra. On peut citer Angelina Jolie, bien sûr, mais on ne va pas se mentir, ses films sont plutôt scolaires pour rester poli. Reste Drew Barrymore qui a réalisé le charmant Bliss en 2009, un film tout à fait intéressant se déroulant dans le monde du roller derby. Cela fait peu, je vous l’accorde…

Qu’est-ce qui fait qu’un acteur décide un jour de passer derrière la caméra ? Vaste question, n’est-ce pas ? Mais, elle est très personnelle et, à mon sens, dépend du parcours individuel de chaque acteur.

Par contre, il est beaucoup plus intéressant de se demander si un acteur peut être un bon réalisateur. Et même, pour aller plus loin dans la perversité (ah ah j’aime bien me torturer l’esprit !), on pourrait se demander si un bon acteur a plus de chances q’un autre de devenir un bon réalisateur.

 

Un bon acteur a-t-il plus de chance qu’un autre de devenir un bon réalisateur ?

Déjà premier élément de réponse, un acteur expérimenté possède une connaissance très précieuse de la manière dont se déroule un tournage : cela va de l’organisation, du calendrier de tournage à la préparation des équipes.

En effet, on a souvent entendu, parfois même de la bouche d’acteurs passés à la réalisation : « après tout, c’est normal, qui mieux qu’un acteur sait comment se déroule un tournage ? » Certes, mais si on suit cette logique, on pourrait se dire qu’un pilote de formule 1 ferait un excellent garagiste ou qu’une hôtesse de l’air serait une bonne pilote d’avion. On ne compte plus le nombre de grands acteurs ayant réalisé des films moyens : de Marlon Brando (La Vengeance aux deux visages, bof bof), en passant par Al Pacino (Looking for Richard, bien mais pas top) ou Robert De Niro (Il était une fois le Bronx, sympa mais très scolaire, merci papa Sergio Leone…)

into_the_wild_afficheD’ailleurs, on ne se pose jamais la question inverse : un bon réalisateur fait-il un bon acteur ? Non, bien sûr.

Alors quoi, on s’arrête-là et on retourne siroter une menthe à l’eau bien fraîche avec des vraies feuilles de menthe à l’intérieur ? Non plus. Ce qui est intéressant dans ce débat c’est de se demander ce qu’apportent les acteurs lorsqu’ils passent à la réalisation.

En premier lieu, ils devraient apporter leur sensibilité d’acteur. C’est un point réellement positif mais qui, lorsque ce n’est pas maîtrisé, peut donner lieu à des films boursouflés de bons sentiments ou, pire, de scènes grandiloquentes aux excès néo-baroques kitchs et hystériques. L’exemple parfait de ces acteurs-réalisateurs tombant parfois dans les travers de la sensiblerie est bien entendu Sean Penn dans Crossing Guard (sorti en 1995) et surtout, le problématique The Pledge (sorti en 2001). Heureusement, Sean Penn s’est rattrapé avec le sensible et magnifique Into The Wild (sorti en 2007).

Sensibilité contre sensiblerie

Ces derniers temps, on a l’impression que les derniers acteurs à être passés derrière la caméra  ont, eux aussi, retenu la leçon et ne veulent pas tomber dans le panneau de l’acteur démiurge voulant réinventer le cinéma. Je pense à George Clooney, par exemple, qui dans ses films a surtout voulu mettre en scène, de façon simple, des histoires passionnantes plutôt que des émotions exacerbées. Dans Confessions d’un homme dangereux (film sorti en 2003), l’histoire importe plus que la mise en scène. Pareil dans Good Night and Good Luck, Les Marches du pouvoir ou dans Monuments Men, son dernier film en date. Je trouve qu’il se soucie moins de la direction d’acteur que de réaliser des films convaincants, certains diront propres sur eux. On sent que le poids de ces projets pèse encore sur ses épaules et qu’il essaye de « faire bien » pour éviter au maximum les critiques qui sont, malheureusement, inévitables.

argo_afficheGuillaume Canet a vécu la même chose avec ses premiers films. Même si le réalisateur des Petits Mouchoirs a commencé à réaliser des courts-métrages bien avant d’être connu par le grand public, sa célébrité soudaine a fait que ses premiers films ont été attendus avec une certaine méfiance de la part de la presse.

Même chose pour Ben Affleck qui a réalisé trois très bons films (j’ai un petit faible pour The Town sorti en 2010), mais qui a clairement refusé de faire dans l’emphase et la sensiblerie au profit d’un cinéma sec, voire rugueux, et maîtrisé de bout en bout. Il est évidement que ces acteurs se sachant attendus au tournant préfèrent éviter les critiques faciles et choisissent de passer à la réalisation par le biais de films à la sensibilité tenue voire ténue…

Pourtant, à mon sens, les acteurs devraient se lâcher beaucoup plus et ne pas avoir peur d’étancher leur soif de grandiloquence. Les meilleurs films réalisés par des acteurs ont été fait en dépit du bon sens commun. Bien souvent, personne n’y croyait et personne ne donnait cher de la peau de leurs auteurs. Je veux parler de ces films qui sont autant de preuve que la sensibilité est une arme contre le formatage et ne doit pas faire peur aux acteurs se lançant dans la réalisation. La sensibilité nous débarrassera peut-être un jour de la sensiblerie qui, elle, inonde nos salles obscures.

Mon top des films (sensibles) réalisés par des acteurs :

meurtre-d-un-bookmaker-chinois-affiche1- Meurtre d’un bookmaker chinois de John Cassavetes (1976)

2- La Nuit du chasseur de Charles Laughton (1955)

3- Danse avec les loups de Kevin Costner (1990)

4- Easy Rider de Dennis Hopper (1968)

5- La Proie nue de Cornel Wilde (1966)

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet article vous a été proposé par Doc Ciné, créateur du blog Doc Ciné

Ces films qui existent au cinéma et au théâtre

Généralement, sur ce blog, on ne parle que de cinéma. Et pour changer, aujourd’hui, nous allons aussi parler théâtre, mais toujours du point de vue du réalisateur ! Si il y a des différences majeures entre ces deux arts, il y a aussi des similitudes, qui ont notamment permis et de nombreuses œuvre d’être adaptées à la fois au cinéma et au théâtre.

Quelques exemples d’œuvres de cinéma et de théâtre

Parmi les plus grands auteurs de théâtre, c’est indiscutable, on peut citer Shakespeare. Or, celui-ci a été adapté de nombreuses fois au cinéma. Ainsi, ses oeuvres Hamlet, Romeo et Juliette, Mavbeth ou encore Beaucoup de bruit pour rien ont été retranscrites plusieurs fois au cinéma, par des réalisateurs très variés, notamment le grand Orson Welles. Mais il n’est pas le seul auteur de théâtre dont les œuvres ont été adaptées au cinéma. On pense également à Molière, Eugène Ionesco ou Marguerite Duras.

belle-bete-cocteauL’inverse est également possible, surtout dans les pays anglo-saxons. De nombreuses œuvres ayant séduit le public au cinéma ont le droit à des adaptations sur les planches, plus généralement sous forme de comédie musicale. Enfin, certaines oeuvres ne sont ni orginaires du cinéma, ni du théâtre, mais de la littérature. C’est le cas du conte La belle et la bête, plusieurs fois adapté au ciné par Jean Cocteau, les studios d’animation Disney ou plus récemment le réalisateur français Christophe Gans. Ce conte a également bénéficié d’une adaptation au théâtre sous forme de comédie musicale, d’abord à Broadway, dans les années 90, et plus récemment à Paris, au théâtre Mogador.

Quel intérêt pour un futur réalisateur de s’intéresser au théâtre ?

Pourquoi est-ce qu’il peut être intéressant à un réalisateur de film de s’intéresser au théâtre ? Il y a en fait de multiples raisons :

1/ Les règles narratives sont similaires, car tout auteur le sait, universelles. Voir des pièces de théâtre est donc, du point de vue de la narration, tout aussi intéressant que voir des films, ou lire des livres.

2/ Les contraintes de mise en scène sont beaucoup plus importantes, avec une contrainte d’espace colossal, l’impossibilité de rejouer une scène ratée en direct et autres aléas du direct. Il y a donc énormément à apprendre en observant les techniques mises en place par les réalisateurs de théâtre, et notamment la créativité dont ils font preuve pour « casser » les limites du théâtre.

3/ Dans une volonté de reproduire des contraintes similaires au cinéma. On peut notamment évoquer deux oeuvres, comme La corde d’Alfred Hitchcock ou Dogville de Lars Van Trier. Le tour de force de ces deux films est de reprendre les codes du théâtre, et pourtant, de réussir à livrer deux oveuvres très cinématographiques, audacieuses et inspirées en terme de mise en scène.

4/ Pour trouver de nouveaux talents.  Au théâtre, de nombreux comédiens de talents travaillent chaque jour et, comme ils ne sont pas connus, ne sont pas forcément inaccessibles financièrement. Aller chercher des acteurs de théâtre, c’est trouver des acteurs expérimenté pour ses projets à moindre frais.

Je vous ai cité quatre raisons très importantes à mes yeux pour justifier le fait d’aller voir des pièces de théâtre, mais je suis sur que vous même, vous en trouverez plein d’autres si vous tentez l’expérience.

Les festivals, une assurance pour les artistes de réussir ?

logo de l'évènement le jour le plus court

Lorsque l’on est artiste et plus principalement dans le domaine du cinéma et de la vidéo, il peut être difficile de se faire connaître. Les projections destinées aux films amateurs restent encore très rares et limitent ainsi la projection des réalisations cinématographiques. Pourtant, je vous en parle d’ailleurs régulièrement, il existe des concours et des festivals qui se destinent exclusivement aux amateurs ou débutants et à ceux qui souhaitent faire connaître leur travail et le voir diffuser au grand public.

Le festival Food Right Now

festival humanitairePour les jeunes, les étudiants et les lycéens amateurs de cinéma et de réalisation de vidéos, le concours Food Right Now peut être une excellente opportunité pour se faire connaître et pour réaliser un film afin de lutter contre la faim dans le monde.

La vidéo réalisée permettra de sensibiliser son entourage et les réseaux sociaux sur cette problématique de la faim dans le monde. La vidéo réalisée devra durer moins de 5 minutes et elle peut prendre la forme d’une publicité, d’un court documentaire, d’une fiction ou même un clip. Elle peut traiter de nombreux sujets comme la pauvreté, l’eau potable ou encore le gaspillage.

Trois prix seront décernés à l’issu du concours et les vidéos seront diffusées sur le site officiel du concours tout au long de l’opération. Le premier prix dans la catégorie des 15/18 ans remportera une participation au One World Festival à Prague tout comme le prix pour le coup de cœur du jury. Le prix 18/30 ans permettra d’aller réaliser un reportage sur la lutte contre la faim dans un pays du Sud.

En savoir plus sur le festival

Festival Coup de Cœur francophone – Directement dans les coulisses

logo du festivalLe Festival Coup de Cœur francophone est un festival qui permet aux artistes musicaux et aux chanteurs nationaux et internationaux d’investir des scènes des villes canadiennes. Les genres sont différents et chaque artiste peut y trouver son public. Le festival bénéficie du soutien de partenaire d’envergure comme la chaine de télévision TV5, Assurances Générales Banque Nationale ou encore la SACEM.

Les amoureux de la vidéo peuvent également prendre part à ce festival en réalisant des vidéos sur l’événement en lui-même ou même sur les artistes, une façon intéressante de se faire la main et de voir ensuite ses reportages diffusés sur le site de l’événement et de mettre en avant le festival.

En savoir plus sur le festival

Festival le jour le plus court – Diffuser vos créations et/ou celles des autres talents

logo de l'évènement le jour le plus courtEnfin, pour ceux qui souhaitent réaliser une projection de leurs œuvres personnelles, la fête du court métrage avec Le jour le plus Court qui se tient le 21 décembre dans toute la France est également une très bonne occasion pour se faire connaître. Il suffit de se renseigner sur les lieux et les organisations participants à l’opération pour proposer ensuite votre film aux organisateurs.

Vous pouvez d’ailleurs vous-même organiser une projection gratuite dans une salle ou un espace si vous disposez de tout le matériel nécessaire. Les projections sont gratuites et vous permettront de promouvoir vos réalisations et d’aller à la rencontre du grand public ou de professionnels.

En savoir plus sur le festival

Ces festivals sont aussi un très bon moyen de rencontrer d’autres artistes, voir des producteurs, et qui sait, développer son réseau pour participer à des projets de plus grande envergure. Encore une fois, ce sont des opportunités parmi tant d’autres, et pour avoir l’assurance de réussir, la clé reste le travail et la volonté, avant même le talent !